Religion, quel joli mot, n’est-ce pas ? Je ne souhaite bien sûr pas parler de l’aspect commun de ce terme, de son côté croyance aveugle, dévotion en un dieu, dogme organisé, fanatisme spirituel ou rites stériles. Je propose plutôt d’employer le mot "religion" dans un contexte de renoncement – à tout ce qui fait obstacle à l’accomplissement spirituel –, où ce mot posséderait donc le sens de voie de sagesse et noblesse de cœur, un état d’esprit enclin à l’abandon des choses de l’ici-bas au profit du chemin qui mène à la délivrance intérieure.
« L’habit ne fait pas le moine. », nous dit le proverbe. Alors qu’est-ce qui fait le moine ? C’est la religiosité qui fait le moine. Mais attention ! N’est pas religieux qui se contente d’adopter une religion ! Le religieux est celui qui place la religion en lui, et non l’inverse. La différence est cruciale :
Le religieux authentique est celui qui installe la religion dans son esprit, et non celui qui s’installe dans la religion.
Si "religion" est devenu un terme si mal réputé, si péjoratif et a tant été sali, c’est à force d’être perçu comme une chose extérieure, et par conséquent, selon le cas, une chose imposée, une chose soumise à polémiques, une chose justifiant les actes les plus fous. Néanmoins, envisagée de l’intérieur, elle est toujours noble, au mieux la grande porte libératrice, et au moins, une génératrice de félicité.
Les adeptes d’une religion ou d’une autre aiment s’entourer d’éléments religieux matériels :
- autels
- statues, statuettes
- reliquaires
- cloches, trompettes
- croix, croissants, étoiles, symboles
- chandeliers, cierges, encens
- images "religieuses"
- livres "saints"
- bibelots "sacrés"
- gadgets "spirituels"
- etc.
Ce sont des êtres non religieux qui sont entourés seulement d’une religiosité en tissu.
Quand, avec l’intention de m’humilier, les officiers militaires birmans m’ont forcé à retirer ma robe ascétique pour me vêtir en t-shirt blanc et pesso, je suis resté extérieurement neutre afin qu’ils n’aient pas pensé que je les provoquasse, mais intérieurement je pouffais et me réjouissais de cette occasion de porter ces vêtements tellement plus pratiques que cette robe de style multi-millénaire qui glisse tout le temps de l’épaule, et que d’ailleurs je n’ai plus jamais portée depuis.
Le vice, vous l’aurez deviné, c’est que la recherche extérieure de religion est précisément ce qui empêche la recherche intérieure.
Les moines (de toutes traditions) les plus accomplis vivent de façon austère, sans s’encombrer de représentations matérielles de leur religion. À l’inverse, les lieux prétendus sacrés débordants de richesses matérielles m’ont toujours paru vides de pratiquants spirituellement avancés.
Merci pour ton aide, Kassinou ! Il faut cependant préciser que dans ce dernier cas, ce sont généralement des personnes qui n’accordent aucun intérêt à la décoration de leur lieu de vie, élaborée et entretenue par d'autres personnes fréquentant ce lieu. De tels religieux vont jusqu’à renoncer à posséder un lieu de vie privé.
Si Dieu – en s’efforçant d’imaginer qu’il puisse exister – est partout, pourquoi aller le chercher dans une église, une synagogue ou une mosquée ? Si un religieux authentique préfère une chambre modeste, la forêt ou la montagne, pourquoi les "aides célestes" orienteraient-ils leur esprit compassionné vers des temples surchargés ?
(Éclats de rire) Argument imparable, je dois bien l’admettre. Néanmoins, pour autant qu’il y ait des guides dans l’au-delà disposés à aider, le lieu n’a aucune espèce d’importance. Seul l’esprit compte, et l’esprit n’est rattaché à aucune localisation. Et si la libération intérieure s’acquiert par son propre esprit, pourquoi prier et se prosterner devant des statues en pierre ou en métal ? Pourquoi se rendre en un lieu précis ? Pourquoi perdre son temps à s’attacher à des textes, des habits ou des ustensiles de quelque sorte que ce soit ?
