Si vous croyez que la drogue est bénéfique pour la méditation, cet article vous est destiné. Sinon, vous pouvez passer votre chemin.
Prenons la montagne comme représentation du travail spirituel, son sommet désignant l’accomplissement ultime. Pas après pas, il est long de grimper jusqu’à la cime. On traverse de nombreuses difficultés, le climat est tantôt clément, tantôt hostile, le terrain est rocailleux, glissant, pentu…
Après une longue ascension où furent patiemment surmontés tous les obstacles, on goûte pleinement au but final. On est au-delà de tout, on voit tout, on peut s’asseoir et goûter au silence des cieux et à un calme profond. On est tout en haut. On a atteint le sommet. On peut y rester et y respirer l’air pur.
La drogue, une bonne dose de psychotrope, est comme un hélicoptère. Cet artifice nous permet d’accéder rapidement au sommet, mais on ne peut pas s’y poser. On le voit à travers la vitre sale et vibrante de l’appareil, on ne peut pas le toucher. On est tout autant privé du silence et du calme stable offert par l’immobilité de la montagne. Le but n’est aucunement atteint, puisqu’on ne peut y demeurer. La quantité limitée du carburant finit immanquablement par nous précipiter tôt ou tard dans la descente. Au mieux, on a obtenu un aperçu erroné et très limité de la réalité du sommet.
Les psychotropes offrent une attention extrêmement aiguisée, mais rien de plus ! Cette attention pénétrante donne le sentiment de percer tous les mystères, mais ce sont seulement des hallucinations. Celles-ci sont puissantes et subtiles, mais ce ne sont que des hallucinations, même si nous nous sentons au cœur de l’univers et que tout tourne autour de nous. C’est le résultat d’un état d’esprit momentanément détaché de tout désir physique qui permet ce confort intérieur total, mais il est conditionné par la drogue combinée à un lâcher prise survenu au bon moment. L’équanimité qui résulte d’une connaissance profonde demeure stable, quels que soient la situation et l’état mental dominant. « L’Éveil chimique » ne vaut rien, puisqu’il se dissipe aussi vite que disparaît l’effet de la substance. C’est l’hélicoptère qui doit redescendre.
Il est si courant et facile de se convaincre à tort de réalisations profondes en expérimentant des états peu habituels dans la méditation. Avec la drogue, il est d’autant plus facile de se laisser prendre au piège. L’attention dépasse tout ce que l’esprit a pu connaître, mais elle est dirigée sur n’importe quoi et n’importe comment. On se retrouve encore bien plus noyé dans l’illusion !
Avec la drogue, les croyances erronées sont décuplées au microscope. Et le problème avec les croyances erronées, c’est qu’on les prend pour des vérités. Autrement, on les abandonnerait aussitôt. Les drogues hallucinogènes donnent une attention folle, mais telles des dictatrices redoutables, elles répriment totalement les qualités indispensables au développement de la profonde Sagesse : la concentration, le discernement, le détachement et la paix.
Le drogué en hélico déclarera être allé encore plus haut que le sommet, mais le montagnard authentique se moque bien de l’altitude, sinon il se contenterait de prendre l’avion. En outre, un tour en hélicoptère coûte cher et pollue beaucoup (la drogue coûte à son équilibre mental et pollue sa santé). Enfin, n’oublions pas surtout que ce qui permet de faire le pas qui foule le sommet, ce sont tous ceux qui l’ont précédé. Autrement dit, l’instant qui permet l’Éveil spirituel authentique, c’est l’ensemble des expériences qui l’ont précédé ; tout le parcours qui a été effectué, toutes les erreurs qui ont contribué à comprendre les choses, toutes les épreuves qui ont permis progressivement le développement de la connaissance directe de la réalité, cette connaissance qui brûle les derniers voiles de l’aveuglement qui nous fait tourner en rond autant que les hélices de l’hélicoptère.
Il est probable que certains psychotropes apportent une aide dans certaines thérapies. Cependant, pour le développement de la méditation, celle qui se destine à mettre un terme aux attachements, aux vues erronées et à la racine de toutes les souffrances, je recommande vivement l’abstention complète de toutes les formes de drogues, surtout les drogues "dures", les psychotropes, l’ayahuaska, le cannabis et l’alcool, mais aussi d’éviter le café et le thé et les boissons "énergétiques" artificielles.
Le grand secret pour une méditation dans les meilleures conditions, ce n’est pas le confort intérieur ni même l’extase, c’est seulement l’absence d’artifices : aucune drogue, c’est d’une évidence criante, mais aussi pas d’excitants, pas de médicaments, pas de vitamines artificielles, pas de transe, pas de musique (prétendue spirituelle ou non), pas de potion magique de quelle sorte que ce soit, rien d’autre que l’esprit le plus ordinaire qui soit, au plus profond de notre quotidien le plus banal !




