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But du blog Essence de la parole de Bouddha Retraite gratuite en Suisse Infos diverses

9 jan. 26

Marron

Aujourd’hui, pas d’enseignement profond. Je vais me contenter de vous dévoiler une de mes faiblesses… Ayant une sensibilité exacerbée pour les couleurs, je vais vous parler du marron, non de ceux qui accompagnent le traditionnel cadavre de dinde de Noël, mais de ma couleur préférée.

Mais pourquoi le marron me plaît-il tant ? Non, ça n’est pas parce qu’il s’agit de la couleur des ascètes. En même temps, ce n’est pas par accident si le marron est la couleur des ascètes. Si j’aime le marron, c’est qu’il est la couleur de la nature et celle du calme. Même foncé, il reste doux, à l’inverse du noir si dur. Il paraît aussi que le marron représente la sagesse ; c’est une simple représentation, car la sagesse n’a évidemment pas de couleur.

Dans le marron, le brun, le châtain, j’y vois aussi de l’humilité, de la neutralité, et même de la tolérance. C’est un mélange irrégulier — et donc naturel — de toutes les couleurs. Le gris est le mélange parfait des trois couleurs primaires. Les couleurs sont si bien mélangées qu’elles disparaissent : il n’y a plus de couleur dans le gris, c’est ainsi un ton triste, pour ne pas dire mort ! Son ton complémentaire est lui-même. Le roi des marrons, le "marron chocolat" a pour couleur complémentaire un bleu-gris, qui est précisément la couleur que j’apprécie le moins. Par conséquent, le marron comporte surtout du rouge et du jaune (les plus chaleureuses couleurs), très peu de bleu (la plus froide des couleurs), juste comme une pointe de Yin dans le Yang.

Rien n’est bleu chez moi, même les emballages comportant du bleu sont bien cachés dans les placards ! Le bleu me fait mal aux yeux. De plus, je suis frileux. Alors quand le bleu tire un peu vers le gris, c’est encore pire à mes yeux !

Kassinou le chien marron
Arf ! Bleu-gris ? Exactement la couleur de tes yeux ! Pourquoi tu ne te les crève, pas ?

Gare à toi, je vais te coller un marron, tu vas voir le bleu que ça va te faire ! La couleur de mes yeux me convient fort bien ! Elle s’accorde bien avec mon habillement marron (puisqu’il s’agit de sa couleur complémentaire). De plus, le bleu me dérange seulement quand il est artificiel (plastique, imprimé, peint, teinté…) Dans la nature, je l’accepte très bien (ciel, mer, fleurs, papillons…) En tout cas, rien de tel que du marron (qu’il me plaît à accorder avec le beige) autour de moi pour me sentir bien et paisible. Mon dessert préféré ? La crème de marrons, bien sûr !

La difficulté avec le marron, c’est qu’il est rarement bien chocolaté. Souvent, il tire un peu trop vers un autre ton. Pas assez de rouge et il devient kaki, pas assez de jaune et il devient presque violet.

Dans un souci d’uniformisation "monastique", je n’acquiers que des vêtements marron. Vous devez penser :

  • Pratique ! En s’habillant le matin, pas la peine de réfléchir longtemps au choix des couleurs !

Eh bien détrompez-vous, car il n’y a pas deux marrons qui soient les mêmes, hormis les T-shirts que j’ai teint moi-même ! Je possède assez peu de vêtements et m’habille surtout en fonction de la température, mais il me faut parfois subir cette petite gymnastique mentale :

  • Ce marron-ci ne s’accorde pas avec ce marron-là. Par contre, celui-ci se marie assez bien avec celui-là…

Cela me fait songer à une blague de notre cher Coluche :

Blague de Coluche
Chaque jour, un groupe de noirs se dispute avec un groupe de blancs pour leurs places dans un bus. Excédé, le chauffeur se lève et s’écrie :

« Ça suffit comme ça ! À partir d’aujourd’hui, il n’y a plus de blancs, plus de noirs, vous êtes tous des bleus ! Alors, les bleus clairs devant, les bleus foncés derrière ! »

Suggestion :

1er jan. 25

Pañña, c’est quoi ?

Pañña se prononce "pagna", comme dans pagne, non "pana".

Pañña, c’est le cœur même de l’enseignement de Bouddha. Le problème, c’est que non seulement il n’existe pas de mot en français pour le traduire, mais de surcroît, celui qui ne l’a pas cultivé en profondeur n’est pas en mesure de le comprendre.

Kassinou le détracteur
Non mais c’est quoi, ce baratin ? Tout le monde sait que ça veut dire "sagesse", et même une bille arrive à piger ce que ça peut vouloir dire !

Mon pauvre Kassinou, c’est précisément avec une telle méprise que d’innombrables ignorants à travers toutes les religions (à commencer par le bouddhisme) sont convaincus d’avoir "atteint l’Éveil". La sagesse, qui est certes déjà une excellente chose, signifie une certaine clairvoyance sur l’existence, un état d’esprit raisonnable et humble, une certaine maîtrise de soi, au mieux un degré de maturité spirituelle. C’est l’inverse de la folie, qui pousse les hommes à s’embourber corps et âme dans les plaisirs sensoriels.

Le terme "sagacité" est déjà plus proche de la signification de pañña, mais comme le deuxième étage d’un immeuble népalais est plus proche du Mont Everest que le premier étage.

Pour ce qui est de pañña, n’ayant pas encore été capable de le développer correctement, je ne peux que tenter d’en fournir une vague définition. Il s’agit d’une connaissance − dans le sens de compréhension – profonde de la réalité telle qu’elle est. Le problème est que chacun prend SA propre vision de la réalité pour LA réalité. Voir LA réalité est loin d’être une mince affaire, puisqu’il y a tant de filtres – mentaux – modificateurs, distordants, masqueurs et enjoliveurs dont il faut arriver à se débarrasser.

Avec pañña, on sait parfaitement que les plaisirs sensoriels ne conduisent qu’à la misère. On se détourne donc naturellement du moindre d’entre eux. Pañña montre le moindre attachement, le moindre instant d’existence – même de la plus paisible, la plus béatifiante et la plus divine de toutes – comme totalement dépourvu d’intérêt.

Pour la parenthèse, c’est précisément lorsqu’on commence à entrevoir que les plaisirs sensoriels et mentaux – donc tout ce qui constitue le désir pour la vie ! – n’offrent pas de bénéfices stables, mais seulement de lourds inconvénients, que naît l’intérêt pour le renoncement et la méditation, pas avant !

La pratique bouddhique en 3 mots
sīla samādhi pañña

Ces trois termes résument toute la pratique enseignée par le Bienheureux ; le chemin qui mène à la fin de tous les tracas, à l’accomplissement ultime : nibbāna, le non-conditionné.

  • Sīla, la conduite irréprochable, le comportement juste en toute situation, l’abstention de nuire à qui que ce soit.
  • Samādhi, la focalisation en un point unique, la tranquilité parfaite du mental.
  • Pañña, la connaissance profonde de l’esprit, la vision précise des coulisses derrière le grand voile qui aveugle l’ensemble des êtres (des plus petites bactéries aux plus grands dieux).

Et quelle est la chose qui permet de développer pañña ? Je vous le donne en mille : l’attention ! On peut aussi dire que pañña prend racine dans la vue juste (qui justement, est engendrée par l’attention).

Suggestion :

25 déc. 25

Joyeux Moment !

Lorsque vous vivez dans le juste milieu, c’est-à-dire en acceptant tout ce que vous donne la vie, tel que cela vous est donné, sans chercher à vouloir plus, alors vous êtes contenté et détaché. Si vous jouissez du bonheur d’être contenté et détaché, vous n’avez plus d’attente. Par conséquent, vous n’avez nul besoin de fête.

Vous n’avez donc pas besoin de cadeau. Pour vous, chaque jour est un cadeau. Non pas dans le sens que la vie est une merveille dont il faut jouir au maximum, mais dans le fait qu’il s’agisse d’une parfaite opportunité pour cultiver le renoncement ; la voie qui mène à la fin des illusions.

Pas besoin de tuer un sapin et de le laisser se dessécher sous votre toit en l’alourdissant de boules et paillettes. Pas besoin de dévorer le cadavre d’une dinde, d’une oie ou d’un autre animal infortuné. Pas besoin de s’imbiber d’alcool gazeux ou non-gazeux.

Le seul besoin est de connaître la chose qui est , de la connaître comme ce qu’elle est : la seule chose qui compte à ce moment-là.

Joyeux Moment à tous !

Suggestion :

12 déc. 25

Tout ce que vous voulez !

Je vais vous donner une méthode qui vous permettra de vous payer – honnêtement – TOUT ce que vous voulez, même si vous n’êtes pas riche. Cela marche à tous les coups et c’est d’une simplicité déconcertante. Il suffit de… vouloir peu.

Si vous êtes un peu entraîné à avoir peu de désirs, même en étant pauvre, vous serez plus heureux qu’un milliardaire. Sauf un milliardaire peu attaché aux choses et au confort, bien sûr ! Pourtant, l’aveuglement fait qu’en général, nous nous acharnons toute notre vie durant à acquérir une petite partie de ce nous voulons, alors qu’il est bien plus simple et plus sain de travailler à la réduction de nos désirs.

C’est pour ça que les moines (pas les âmes égarées qui portent une robe monacale, mais les renonçants authentiques) sont les plus heureux, car ils ne veulent plus rien.

Kassinou le détracteur
Joyeux anniversaire !

Ce n’est pas encore mon anniversaire.

Kassinou le détracteur
Ce n’est pas à toi que je parle ! Aujourd’hui, le blog fête ses 5 ans.

Ah oui ? Et te souviens-tu du premier article ? Non ? Forcément, tu dormais ! Cela dit, moi non plus je ne m’en souviens pas !

Souhait :

1er déc. 25

Le bien est mal vu

Le bien attire le mal

L’avez-vous déjà remarqué ? Plus vous vous investissez dans le bien, plus il y a d’individus qui vous perçoivent d’un mauvais œil. Plus vous tentez d’accomplir des choses propices, plus vous recevez de bâtons dans vos roues. Bien sûr, les soutiens peuvent apparaître, mais ils se dressent avec moins de naturel et d’intensité que les obstacles.

Proverbe que j’adore
Partout où Dieu a sa chapelle,
Satan a la sienne.

Dans une version plus orientale, on pourrait dire : Plus vous mettez de Yin dans le Yang, plus de Yang viendra dans le Yin.

On sacrifie du temps – sa vie entière, parfois – pour aider efficacement ceux qui en ont besoin, et on est récompensé par la haine, le rejet, les insultes. Il ne s’agit là que d’une réaction chimique. Les actes bénéfiques enflamment la poudre des âmes jalouses et avides. Dans mon dernier film, j’ai voulu comme vous le savez, avec la meilleure des intentions, inciter les moines à soigner leur conduite et leur pratique. Conséquence : les plus influents des moines (donc les plus corrompus) m’ont fait jeter en prison.

Les deux façons de faire le bien

Voilà une chose importante à saisir : il y a deux façons de faire le bien. La façon mondaine et la façon dhammique, c’est-à-dire en accord avec la "pleine sagesse" (le dhamma, c’est la compréhension profonde de l’esprit).

La façon mondaine

Avec la façon mondaine de faire des actes favorables, l’esprit est bon, mais néanmoins aveugle (dans ses croyances et ses perceptions), avide (avec de l’attachement, avec le désir d’arriver à ses fins), voire aussi haineux (colère contre ce qui est perçu injuste, mécon­ten­tement ou dénigrement d’une personne, d’un groupe ou d’une organisation vus comme des ennemis).

Avec le bien mondain, comme l’esprit n’est pas pur, puisqu’il n’est pas régi par une connaissance correcte de la réalité, le risque d’essuyer des réactions indésirables est inévitable. Vous l’aurez compris, même pour défendre les plus belles causes, militer, manifester ou critiquer ne restent que, dans le meilleur des cas, des moyens mondains de "faire le bien". Dans d’autres cas, cela n’est qu’un moyen mondain d’ajouter du mal au mal.

Dans mon film, j’ai œuvré au bien de la communauté monastique de façon mondaine, puisque le personnage principal critique ouvertement la conduite d’un moine dans lequel la plupart des autres peuvent clairement s’identifier (ce qui ne méritait toutefois pas un emprisonnement, nous sommes bien d’accord).

La façon dhammique

Avec la façon dhammique, c’est-à-dire en accord avec la compréhension juste des choses telles qu’elles sont, l’esprit raisonne et résonne juste. De ce fait, ses actes suscitent beaucoup plus de respect et d’approbation. L’état d’esprit dhammique n’empêche toutefois pas quelques réactions hostiles ; même Bouddha était parfois critiqué et aussi haï (ce qui devrait vous rassurer si vous vous sentez mal apprécié tandis que vous êtes bon comme le pain), car la folie des êtres est sans limite.

Si dans mon film, j’avais suscité un regain de sérieux chez les moines en montrant les grands bénéfices dont jouit un moine digne de ce nom, ou fait entrevoir subtilement les inconvénients et dangers encourus par un moine faiblement établi dans son renoncement, il y a fort à parier que je n’aurais pas connu ma sublime expé­rience carcérale !

Quoi qu’il en soit, celui qui rayonne une aura irréprochable n’attise pas que de l’admiration, mais aussi de l’agacement. C’est ce que j’appelle "l’effet écho".

L’effet écho
En arrivant sur une roche pleine de saleté, un bruit est tout de suite absorbé. Si la roche est bien propre et bien lisse, le bruit rebondit.

À l’identique, l’état d’esprit crasseux d’un individu qui se laisse mener par des intentions malsaines rebondit contre qui a une aura "propre et lisse". Recevant en pleine face l’écho de ses souillures intérieures, un tel être éprouve un malaise qu’il souhaite rejeter au plus vite. Il peut facilement en résulter une réaction négative, voire une oppression envers l’autre, dans un but de compensation, en s’octroyant ainsi un sentiment de domination.

Qu’est-ce que le bien dhammique ?

Faire ou ne pas faire, telle est la question

Avant tout, je pense qu’il est utile de bien comprendre que "faire le bien" n’a rien à voir, à l’inverse des idées trop reçues, avec "faire des choses" ou "être actif". Souvent, faire ce qu’il y a de mieux, c’est tout simplement l’immobilité, le silence, la patience.

Le travail bénévole et les œuvres de charité jouissent généralement d’une remarquable réputation dans le domaine de "faire le bien". Certes, la bienveillance et la générosité engendrées par de telles activités sont des états d’esprit très louables. Mais décortiquons un peu cela de plus près…

À en croire les grands sages, ceux qui ont percé le mystère de la vie sous toutes ses coutures, sans accomplissement spirituel, sans le dévelop­pement d’une compréhension profonde de la réalité, nous ne faisons, de quelle façon que ce soit, rien d’autre que tourner en rond, de barboter dans le grand marécage de l’ignorance. Alors quel avantage stable et durable génère-t-on en aidant autrui à continuer de tourner en rond ? À soigner un soldat pour qu’il puisse aller en tuer d’autres ? À aider des pauvres à mettre au monde encore dix fois plus de pauvres ? Bien sûr qu’il est admirable de soulager la souffrance des uns et des autres, mais ne serait-il pas infiniment plus bénéfique d’apprendre à ceux qui souffrent à se sortir eux-mêmes de leur déplorable condi­tion­nement et à devenir capables de ne plus répéter les mêmes erreurs ?

L’aveuglement, tel est le vrai problème

Naturellement, un aveugle pourra difficilement aider d’autres aveugles à y voir clair. C’est pourquoi faire le nécessaire pour y voir clairement soi-même est le meilleur "bien" que puisse accomplir un aveugle. Se sortir seul du puits est la meilleure chose à faire afin de pouvoir ensuite efficacement aider les autres qui sont piégés au fond de ce puits.

En outre, quelles que soient sa détermination et son énergie, un bénévole (mondain) est encore sous l’emprise de ses attachements, désirs et vues fantaisistes. De ce fait, il demeure – spirituellement – dans l’égarement, il n’a donc ni la compréhension juste, ni la pensée juste, et par conséquent ni la parole juste, ni l’action juste.

Le bien dhammique ininterrompu

Le renonçant libéré du fardeau de l’aveu­gle­ment, du désir et de l’aversion, même s’il demeure immobile et silencieux, on peut dire de lui qu’il a atteint la noblesse du bénévolat.

  • Il ne nourrit pas les affamés, mais il nourrit avec l’enseigne­ment qui mène à la paix durable ceux qui veulent bien l’écouter.
  • Il ne soigne pas les malades, mais il soigne ceux qui ont l’esprit atteint par le cancer des convictions illusoires et des percep­tions folles.
  • Il ne réduit pas le malheur qui frappe un pays, mais il montre le chemin vers la porte de la sortie définitive de tous les malheurs.
  • Il n’est pas physi­quement ultra actif, mais dans son grand et paisible calme, il injecte dans le monde une bien­veillance d’une profonde puissance dont aucun aveugle ne peut soupçonner les bienfaits.

Tel est le bien dhammique ininterrompu.

Comme vous le constatez, le bien dhammique s’inscrit dans ce que le bouddhisme nomme le juste milieu, le foyer de la sagesse. Le juste milieu – à ne surtout pas confondre avec le fait d’être un humain moyen, à savoir un "beauf parfait" –, c’est prendre les choses comme elles sont, ne jamais forcer dans un sens, ni dans l’autre. Ne rien vouloir et ne rien rejeter.

L’absence de mal vaut mieux que le bien

Le "bien", c’est bien. Mais le plus grand des biens, ce n’est pas une accumulation de biens, des biens qui vont attirer autant de maux. Le plus grand des biens, c’est seulement une absence de mal ("bien" dans le sens de ce qui est bénéfique aux destinataires de l’action et "mal" dans le sens de ce qui leur est nuisible). Un noble bienfaiteur ne consacrera pas son temps à apporter des aides ou des plaisirs, il se contentera de s’abstenir de tout ce qui peut être nuisible (à autrui comme à lui-même). Parce que oui, il est bien plus difficile, admirable et vénérable de s’abstenir de toute négativité que de passer son temps à œuvrer matériellement pour les autres (sans même savoir quelles en seront les réelles conséquences) tout en entretenant (comme presque tout le monde, oui) un esprit empreint de désirs charnels, viticoles, sonores, matériels, d’apparence et tant d’autres attachements et aveuglements aussi futiles les uns que les autres. S’abstenir de toute négativité jusque dans ses moindres pensées, c’est ce qu’on appelle sīla.

N’importe qui peut partager une partie de son temps ou de son argent pour aider quelqu’un dans le besoin. Or, rares sont ceux qui sont capables à la fois…

  • d’un pacifisme total,
  • d’une honêteté sans tâche,
  • d’une sobriété exemplaire,
  • d’une chasteté infaillible,
  • de consacrer pleinement leur temps à déverser une profonde bienveillance qui profite à l’univers entier,
  • et de laisser totalement l’argent aux autres, en ne gardant que le strict nécessaire pour soi.

L’encouragement

Faire le bien peut être difficile, sinon ce ne serait pas considéré comme "bien", mais comme "banal". Et comme nous sommes des êtres plus ou moins sensibles, nous avons souvent besoin d’encouragements, ou pour le moins, d’approbation. Le problème, c’est que non seulement les personnes qui encouragent ouvertement les bonnes actions sont presque aussi rares que les ours blancs au Sahara, mais comme nous l’avons vu, il y en a toujours qui trouvent le moyen de dénigrer, empêcher, voire carrément punir les actions propices.

Quand on est seul, on dit à tort : « Il n’y a personne ». Il ne faut pas oublier qu’il reste toujours au minimum UNE personne : soi-même ! Et pour soi, cette personne compte plus que n’importe qui d’autre ! Cela suffit pour obtenir le courage nécessaire à faire toute chose, si vous savez qu’elle est juste et bénéfique. C’est pourquoi la confiance en soi vaut mieux que les plus grands encou­rage­ments, surtout lorsque ces derniers sont espérés en vain. Et plus l’action est difficile, plus grands seront les fruits.

Tout le monde est capable de faire le bien, chacun possède sa propre valeur. Quand une personne fait face à de la moquerie ou de la déconsidération, c’est simplement qu’elle n’est pas encore en présence des "bonnes" personnes, celles avec qui fleuriront des échanges fructueux. Est-ce que vous connaissez l’histoire de la vieille voiture ?

Histoire métaphorique
Un homme voulait vendre sa vieille voiture.

Il rencontre un vendeur d’occasions : « Elle roule pas vite, y a pas de chauffage, pas de vitres électriques, pas d’airbag… J’peux pas vous en donner plus de 500 €. »

Il rencontre ensuite un garagiste : « Aucune pièce ne peut être récupérée pour être réutilisée. Je vous en donne 50 €, juste pour la ferraille. »

Finalement, il rencontre un collec­tion­neur : « C’est un modèle rare, une œuvre d’art remarquable, le tableau de bord est en noyer, les sièges sont cousus à la main, la finition de la carrosserie est d’une qualité inouïe ! C’est une pure merveille, je vous en offre 500 000 € ! »

Vous êtes sur la bonne voie !

Si vous voulez vraiment progresser sur la voie de la compréhension, pensée, parole et action justes, vous y êtes déjà ! Sinon, vous ne seriez pas en train de lire cet article. Il suffit de le vouloir. Après, selon la qualité de votre entraînement (spirituel, pas sportif !), vos actes de bien dhammique seront plus ou moins nombreux par rapport à ceux de bien mondain. Ce qui est sûr, c’est que plus vous vous entraînerez à pratiquer la vigilance pleine dans l’instant et plus vous serez naturellement enclins à effectuer le bien dhammiquement.

N’ayez jamais peur d’aller au fond des choses, de gratter la surface de ce qui brille, de comprendre tout ce qui se cache derrière nos perceptions parfois si confortables. N’hésitez pas non plus à faire le bien dhammique non seulement pour vous-même, mais aussi de l’offrir aux autres. Il faut également garder à l’esprit que si ça ne laisse pas indifférent, si ça secoue, si ça dérange, alors c’est bon signe !

L’enseignement du Bienheureux n’est pas une parole ultratransformée destinée à être consom­mée comme une sucette, à distraire ou à faire plaisir aux oreilles. Ça remet tellement tout en question que peuvent surgir les réactions les plus inattendues. Dans tous les cas, les esprits mûrs feront l’effort d’apprendre à sortir du puits, les autres tourneront les talons pour continuer d’errer dans leur monde illusoire confortable et réconfortant… mais pouvant aussi devenir douloureux et même infernal !

Pour clore cet article en beauté, voici l’extrait d’un courriel envoyé par un lecteur de ce blog, qui résume parfaitement cette idée du bien (dhammique) qui peut être mal vu :

  • Celui qui essaye de déchirer le voile des illusions, d’apparence si confortable puisqu’il dissimule la vérité des choses telles qu’elles sont, devra subir toutes les foudres de ceux qui n’aiment pas être réveillés et éblouis par la lumière.

Suggestion :

27 nov. 25

À un fil !

La vie ne tient qu’à un fil… Un fil électrique ?

C’est la nuit. Je dors. Comme chaque nuit, je me réveille quelques fois, puis me rendors aussitôt. J’ai une horloge électronique qui projette l’heure en gros caractères rouges sur le mur. Cela me permet d’un simple coup d’œil de savoir s’il est l’heure de se lever ou pas. Soudain, en ouvrant l’œil, je constate que le mur est aussi sombre que le karma d’un moine qui abuse de son statut. Bon, la prise a dû se débrancher… Non, elle est parfaitement branchée. Pourtant, mes factures sont à jour. Bizarre, le lampadaire de la ruelle est éteint, lui aussi. Je me redresse pour regarder à travers le velux. Ça alors, le village entier est plongé dans le noir ! Que se passe-t-il ? En Birmanie, les pannes électriques étaient quotidiennes, mais ici, en Suisse, je n’avais jamais connu ça depuis ma naissance, il y a plus d’un demi-siècle.

Les pensées vont bon train dans mon mental à haut débit. Il n’y a pas de vent, donc aucune raison pour que seul le village ne soit plus alimenté. La panne couvre-t-elle toute la région ? Toute la Suisse ? Toute l’Europe ? La population n’a pas été avertie et il n’y a aucune tempête. La cause la plus probable à laquelle je songe est la suivante : des centrales électriques stratégiques bombardées pour plonger l’Europe dans la panique et la faim, pour la rendre à la merci de je ne sais quelle puissance avide. Après tout, beaucoup d’autres pays sont plongés dans la guerre, tout comme l’ont été nombre de nos ancêtres. Pourquoi seulement les autres ? Pourquoi pas nous ? Nous qui vivons depuis si longtemps dans une insouciance insolente. Nous qui croquons à pleines dents, de façon aveugle et effrénée confort, ressources et privilèges comme si tout nous était dû. Tourne, tourne le manège des joies et des peines !

La vision des priorités

Peu importe la raison de cette panne. Voilà une expérience qui permet d’avoir en un claquement de doigt une vision très claire de nos priorités. Si celles que nous nourrissons ne sont guère les bonnes, un souhait de corriger le tir devrait émerger aussitôt.

Si l’électricité ne revient pas, des jours très difficiles s’annoncent. Avec les moyens de paiement et de transport inopérants, il est impossible de se précipiter dans un pays chaud et pauvre (les meilleures conditions pour survivre quand on est démuni de tout). Le pire, c’est le froid. La température extérieure avoisine le zéro et l’hiver ne fait que commencer. Mes radiateurs se sont arrêtés, car la machine qui gère la bombonne est électrique. Toute notre vie dépend de l’électricité. Pour cuire ma nourriture, je me vois mal aller chercher du bois dans la forêt voisine pour faire un feu dans la cour gelée. D’ailleurs, je n’ai même pas de feu ! Je pense à toute la nourriture de mon frigo et de mon congélateur qui vont périr. Ah non, ouf ! Sans chauffage, l’appartement entier sera un parfait frigo.

En tous les cas, il ne sera plus possible d’aller faire ses courses puisque les supermarchés ne pourront plus fonctionner (sans compter que le plus proche est à 8 km de marche d’ici, 272 m de dénivelé à monter et plus du triple à descendre, et l’inverse pour le retour). En croquant mes réserves de pâtes comme des biscuits et avec le reste, je peux tenir peut-être trois semaines. Mais sans chauffage, je meurs en deux ou trois nuits. Le froid m’empêche de dormir, mais avec l’épuisement, je finirai par sombrer dans un ultime sommeil glacial. Au moins, on ne souffre pas en expirant quand on dort.

Savoir rester en paix

Je me sens toutefois totalement paisible. Je songe aux autres. À tous ces gens qui n’ont pas appris à mourir et qui vont paniquer et endurer une souffrance épouvantable, à cause de leurs angoisses et attachements plutôt que de la faim, du froid et du manque de tout. En temps normal, de nos jours, il y a tant de parents qui sont incapables de gérer leurs enfants. Qu’en sera-t-il quand leurs rejetons commenceront à perdre les pédales dès qu’ils n’auront plus de chocapics, plus de batteries sur leur tablette, une glacière en guise de radiateur pour l’hiver ? J’essaie de me rendormir. Mieux vaut être en forme pour faire face à cette situation pour moi inhabituelle.

Trop froid pour dormir. Je descends de ma mezzanine… Il est une heure et quart du matin. J’enfile ma doudoune. Une chance incroyable, je n’avais aucun blouson, seulement des pulls. Le jour même, j’ai reçu une doudoune bien chaude commandée sur un site où chacun peut vendre du matériel d’occasion. J’ouvre mon smartphone. 40 % de batterie restante. Ça aurait pu être pire. Voyons si on parle de cette panne de jus… Pas d’Internet ! Bien sûr, les bornes du réseau ont besoin d’électricité. J’ouvre le robinet, l’eau coule encore. Par précaution, je remplis d’eau le bac à linge. Je remonte m’installer sur mon tapis-mousse, emballé dans la doudoune en plus de la couette. Morphée me fait faux bond, cette nuit. Alors je médite, mais avant de méditer, je songe encore un peu…

Si je dois mourir dans les jours qui viennent, quelles sont les choses les plus importantes que je devrais faire ? La réponse me vient aussitôt : j’ai déjà fait ce qu’il y avait à faire. J’ai accompli ce que je pouvais faire de mieux, dans la mesure de mes capacités. Je me suis suffisamment détaché des choses lourdes pour être prêt à partir, léger et confiant. C’est sûr, je ne ferai pas partie de ceux qui errent dans les états fantomatiques parce qu’ils sont restés trop attachés à un lieu, à une personne ou à des possessions. Pas plus que je rejoindrai ceux qui doivent purger la peine des grands méfaits qu’ils ont infligé aux autres.

Qu’il me faille mourir maintenant ou dans un demi-siècle, je l’accepte de la même façon, car je sais que les choses se déroulent comme elles doivent l’être. Et pour cette raison, je me sens parfaitement serein. Espérant simplement ne pas avoir à trop souffrir physiquement, je suis donc prêt à abandonner cette existence, même si je trouve cela dommage. C’est que j’avais enfin obtenu les conditions de vie idéales pour ma vie d’ascète, et qu’il faudra encore – à condition de bénéficier d’une renaissance propice –, tout recommencer à zéro : baigner dans des couches pleines de ses excréments, se brûler les mains sur les plaques de la cuisinière, tomber tant de fois en s’exerçant à marcher, réapprendre une langue maternelle, subir les cruautés des gamins-monstres, etc.

Tout en restant autant que faire se peut dans la vigilance et la bienveillance, je vais donc continuer de réfléchir sur la vie, de me préparer ma salade, de balayer ma maison, comme si de rien n’était. En cas de catastrophe, comme en cas où il n’y a pas de catastrophe, le plus important est bien là : savoir rester en paix.

Kassinou le détracteur
Ben voyons ! Écoutez-le, Môssieur le grand ascète en paix ! Arf arf arf ! Vous auriez dû le voir, pas plus tard qu’hier, quand il a reçu sa doudoune. Il était dans tous ses états parce que sur la photo du site elle était d’un beau marron châtaigne, et qu’en fait, son marron tire légèrement vers le kaki. Vous imaginez l’horreur ? Un marron qui ne s’accorde pas parfaitement à celui du pantalon ou du pull ! Arf arf arf !

Et dans la même journée, en faisant tomber un poids en fonte qui a à peine ébrêché le carrelage sur deux millimètres, il fallait voir la sublime colère du grand ascète ! Il s’insultait lui-même, vous voyez un peu le truc ?

Oui, bon, ça va, on ne t’a pas sonné, toi ! D’accord, je peux facilement m’emporter pour des bêtises, mais c’est mon côté "prendre à cœur les petits détails", ensuite, je digère vite et on n’en parle plus. Ça, c’est tout mon paradoxe ; il m’arrive de prendre la mouche pour des bricoles de rien du tout, mais pour les choses les plus graves et tout ce qui est essentiel, je demeure stoïque, stable et détaché comme la montagne que je traverse chaque mardi. Alors mourir aujourd’hui ? D’accord, pas de problème ! …Mais il faut que le cercueil soit de la bonne couleur ! En réalité, je ne voudrais même pas de cercueil, quel gaspillage ! De plus, je serais déjà loin, seul subsisterait ce morceau de viande pourissant que j’aurais alors abandonné comme on jette un vieux caleçon sale dans la corbeille.

Rien n’est plus vital que de savoir mourir !

Je ne vois rien parmi les innombrables buts qu’on peut se fixer dans la vie qui puisse être plus important que d’être prêt à mourir, sachant que l’instant présent est toujours un seuil possible de la mort. Quel savoir-faire peut-il être plus précieux que celui d’être disposé à quitter sa carne le cœur léger, libre de regrets, craintes et doutes ? Qu’en pensez-vous ?

Comment être prêt à mourir ? C’est fort simple, mais encore faut-il le vouloir. Le moment primordial de la vie se prépare :

  • en cultivant un comportement vertueux (être irréprochable envers soi-même, car les autres trouveront toujours à redire)
  • en observant ses attachements avec attention, afin de s’en défaire (lentement mais sûrement)
  • en réglant tout ce qui peut l’être (dettes matérielles, dettes psychologiques, risques de litiges…)
  • en pratiquant régulièrement l’acceptation
  • en développant la compréhension que notre propre corps ne nous appartient pas, que rien n’est durable et surtout : qu’il n’y a rien dans l’existence qui vaille la peine qu’on s’y accroche.

Tiens ! L’électricité est revenue. Il est environ deux heures et demie. Finalement, mes astrologues avaient peut-être raison :

  • Vous n’aurez jamais beaucoup d’argent, mais vous vivrez longtemps.

Suggestions :

20 nov. 25

La vie est un miracle !

À moi d’écrire un post. Pas de raison que ce soit toujours le même !

Il suffit d’ouvrir les yeux pour constater combien la vie est un cadeau, le plus précieux des bienfaits ! Elle nous offre de si belles choses et de si bons plaisirs, pourquoi s’en priver ? Bien sûr, ça n’est pas toujours facile. Mais heureusement, sinon quel ennui ! Ce serait triste, s’il n’y avait jamais de problèmes, jamais d’énigmes à résoudre…

 

isi l’ascète rabat-joie
Oui, ce serait triste, s’il n’y avait jamais de conflits, de guerres, de viols, de violence, de misère, d’épouvantables maladies physiques et mentales, un aveuglement abyssal qui nous fait non seulement tourner en rond comme un hamster dans sa roue, mais aussi refaire toujours les mêmes erreurs fatales, encore et encore…

Tu as écris "isi l’ascète rabat-joie" ? Comment ça, "rabat-joie" ? Que sais-tu de la joie ? Tu ne connais que l’excitation. Si tu suivais ne serait-ce que la moitié de mes suggestions, tu serais le plus heureux des chiens ! Bon, je veux bien tolérer que tu fasses ta propre publication, mais je te rappelle tout de même que ce blog est dédié à la compréhension claire des choses et à la pratique quotidienne qui vise à détruire les problèmes de l’existence à leurs racines.

Bon, d’accord. Heu… Alors, donc… Heu… T’aurais pas juste une petite suggestion ?

 

isi l’ascète
On a voulu faire sa publication et on ne sait plus quoi dire ? Tu as pourtant l’embarras du choix ! Que veux-tu que je te dise ? Tu peux louer les avantages de la solitude, par exemple.

OK, parfait !

Ne sous-estimez pas la solitude, car elle offre des avantages insoupçonnables. La liste serait trop longue, mais voici toutefois les principaux bénéfices de la vie en solitaire, retiré de la masse tumultueuse de la société :

  • Quand tu manges le gâteau de la fête des rois, c’est toujours toi qui as la fève, et donc la couronne.
  • Tu peux toujours regarder la chaîne que tu veux, à la télévision.
  • Quand tu fais des bêtises, il n’y a personne pour te faire des critiques ou des remontrances.
  • Il n’est jamais nécessaire de faire la queue devant la salle de bain ou les toilettes.
  • De jour comme de nuit, tu es libre de faire tout le bruit qui te chante.

 

isi l’ascète
Grand bien te fasse, mon cher Kassinou, si tu souhaites t’abandonner à une vie de plaisirs futiles (plutôt que d’apai­sement intérieur), de fuite périlleuse (plutôt que d’accep­tation fructueuse) et de laisser-aller (plutôt que de lâcher-prise), mais le jour où, à cause de tes actes irréfléchis, tu te retrouveras lamentablement embourbé au fond du trou, ne viens pas pleurnicher !

On ne peut pas discuter avec toi, tu vois le mal partout. Pour moi, rien de ce que tu dis ou fais n’a quoi que ce soit de positif. Pour être honnête, il n’y a qu’une seule chose que tu as vraiment bien accomplie dans ta vie. Tu devines quoi ?

 

isi l’ascète
Selon ton point de vue ? Heu… Je ne vois pas. Je donne ma langue au chien !

C’est de m’avoir créé !

Suggestion :

9 nov. 25

Les gandhabbas

Il ne s’agit pas d’un sujet clé pour l’accomplissement intérieur, mais il m’a semblé intéressant de le traiter, car il permet pour le moins d’améliorer notre vision du monde dans lequel nous évoluons. C’est toujours mieux que de gaspiller son temps avec du pur divertissement.

Nous sommes tous des gandhabbas !
Mais qu’est-ce donc qu’un gandhabba ?

Un gandhabba est un corps subtil, non matériel, constitué d’une énergie de vibration trop légère pour être vu ou touché par un être terrestre. Il est intimement relié à une espèce. Il y a donc des gandhabbas de chien, de crocodile, d’abeille, etc. Même si les humains se comportent souvent comme des moutons, des singes ou des cochons,

Kassinou le détracteur
Nom d’un homme, pour une fois, je ne vais pas te contredire !

seul un gandhabba humain peut renaître humain. Hors du corps humain, il est à peu près libre comme l'air, il peut voir, entendre et percevoir astronomiquement mieux et penser beaucoup de choses, mais ne peut ni ressentir physiquement (pas de plaisir charnel, mais pas de douleur, pas de problème de température), ni goûter, ni sentir. Prisonnier dans le terriblement lourd, grossier et limité corps humain, le gandhabba est en quelque sorte la chose qui rend vivant votre corps.

On dit que c’est l’absence d’un objet désiré qui dévoile tout l’attachement qu’on peut éprouver pour lui. Cela est d’autant plus vrai pour un gandhabba. Bien que libre comme l’air et exempt de douleur, ses attachements demeurent, à tel point d’ailleurs que les gandhabbas, paraît-il, languissent de retrouver dès que possible un corps humain afin de pouvoir jouir de nouveau de l’expérience sensorielle procurée par un corps. C’est dire la puissance de l’aveuglement qui englue les humains comme des moucherons. Avec un peu de sagesse, un gandhabba peut être content de se retrouver SDF (Sans Détention de Fardeau).

Métaphore
La limitation ressentie par le gandhabba dans le corps est comparable au fait de se retrouver coincé dans un vieux tank. Pour voir, on ne dispose que d’un étroit champ de vision sur un petit écran noir et blanc de basse qualité, on n’entend que des sons étouffés, on ne distingue pas les détails du sol et des alentours, on se déplace lentement et lourdement.

La durée du gandhabba

Quand un gandhabba humain est formé, il est prévu pour une certaine durée, environ mille ou deux mille ans. Lors d’une renaissance, peu après la conception du fœtus, il prend l’enveloppe d’un corps humain pour mener sa vie humaine. Quand le corps humain meurt, le gandhabba se libère, puis après une période plus ou moins longue (quelques jours à quelques siècles), il reprend naissance dans un autre corps humain, et ainsi de suite, jusqu’à ce que ce gandhabba parvienne à expiration. Ensuite, selon le kamma, soit un nouveau gandhabba (humain ou animal) est formé, soit l’esprit apparaît dans un autre monde, comme chez les devas ou les enfers.

Dans la vastissime soupe du samsāra, il est extrêmement rare et difficile d’obtenir un gandhabba humain.

Métaphore bouddhique
Pour obtenir l’opportunité de l’existence humaine (bhava), la probabilité est la même qu’une tortue aveugle vivant au fond des océans qui, remontant une fois par siècle à la surface, passerait sa tête au milieu d’une bouée flottante au hasard des océans de la planète (sans la toucher !).

Ce qui est extrêmement rare, précieux et difficile, ça n’est donc pas de renaître humain une fois acquis un gandhabba humain, mais d'obtenir un bhava humain, c’est-à-dire un gandhabba de "singe parlant".

Petite précision pour les connaisseurs : Quand Bouddha déclare qu’un sotapānna peut renaître encore tout au plus sept "vies" dans les mondes sensoriels, il s’agit en fait de "bhavas" (donc de gandhabbas), ce qui fait encore un beau paquet d’existences (plus d’un millier), sans compter celles, longuissimes, passées chez les brāhmas et bien entendu, tout le temps passé dans salle d’attente des gandhabbas sans corps !

Être doté d’un gandhabba nous assure donc, après la mort, de retrouver une incarnation humaine tant qu’il reste de l’énergie karmique dans la "batterie gandhabbique". Sauf cependant, en cas d’acte extrêmement nuisible. Dans un tel cas, Madame La Mort expédie illico l’esprit dans la grande marmite des enfers et le gandhabba prend fin, sans attendre sa date de péremption.

Les sorties hors du corps

Lors d’une décorporation, c’est-à-dire une "sortie de corps" (durant une EMI, un coma, une séance d’ayahuasca…), consciente ou pas, c’est donc le gandhabba qui sort momentanément du corps. Toutefois, dès que la personne est réveillée, le gandhabba n’a pas le choix ; il est instantanément réintégré dans le corps.

Hors du corps, non soumis aux lois physiques, le gandhabba peut se déplacer à la vitesse de la pensée (donc bien plus vite que la lumière). En revanche, l’esprit qui l’habite garde bien sûr les mêmes croyances et les mêmes attachements. Toutefois, certaines illusions sont – provisoirement – dévoilées, à commencer par le fait que seul le néant se trouverait derrière la mort ou que l’entre deux vies n’existerait pas. Si le gandhabba avait à la base un bon fond, il peut être sensible à la béatitude "céleste", ce qui l’incite à une grande bienveillance.

Pour information, les pouvoirs psychiques développés grâce à la méditation profonde (abiññas) qui permettent la vision à distance n’impliquent pas une décorporation du gandhabba, contrairement à ceux qui permettent de voyager dans les autres mondes.

La méprise du Théravada

C’est une réalité dont Bouddha a bien parlé (certains souttas le prouvent noir sur blanc), mais qui cependant est vigoureusement réfutée par le bouddhisme théravadin, pourtant connu pour être le plus proche des enseignements originels. Pour le coup, les Tibétains sont plus proches de l’enseignement de Bouddha avec leur concept de "bardos". Si vous publiez ce présent article dans un pays bouddhiste fanatique aussi intolérant que la Birmanie, vous finissez à coup sûr derrière les barreaux ! Bien sûr, cela ne concerne que les militaires et les ««« moines »»» de pouvoir, et non la population et les moines de quartier, qui font souvent preuve de qualités humaines exemplaires.

Kassinou
Comment peut-on être à la fois bouddhiste et intolérant ?? Moi qui croyait que ces deux choses étaient totalement incompatibles.

Ce coup-là, c’est moi qui ne vais pas te contredire !

Dans le mettā sutta, que la plupart des bouddhistes connaissent par cœur, Bouddha expose une liste de tous les types d’êtres peuplant l’univers, envers lesquels nous sommes cordialement invités à rayonner notre bienveillance, dont le passage suivant :

  • Ceux qui sont nés et ceux qui sont à naître

Les versions officielles des pays théravadins prétendent que le tout premier instant de conscience d’une vie succède toujours instantanément au dernier instant de conscience de la vie précédente. Or, dans un tel cas, tout le monde serait toujours "déjà né", personne ne serait "à naître". Pourtant, les gandhabbas qui naviguent entre deux incarnations sont bel et bien "à naître" ; ils ont quitté une vie et pas encore intégré la prochaine.

S’il me fallait avancer une hypothèse pour expliquer cette méprise, j’évoquerais simplement les grands méditants capables de visiter leurs existences passées. Ce processus part du présent, puis remonte le temps vers le passé. Et juste avant le début de la gestation d’une de leurs vies, ces méditants voient aussitôt la mort de la précédente. C’est un peu comme si "l’enregistrement" se mettait sur "pause" pendant la période où le gandhabba se retrouve "nu".

Une autre preuve ? Dans un autre soutta, notre cher Bouddha nous explique que la procréation d’un être humain nécessite trois choses :

  • Un couple de parents fertiles.
  • L’union de ces deux parents.
  • Un gandhabba.

Pour faire coïncider le Canon pali avec leur propre version, certains bouddhismes n’ont pas hésité à prêter aux textes anciens les interprétations les plus fantaisistes. C’est ainsi que le terme "gandhabba" est tantôt traduit par "virilité", voire carrément "sperme" (alors qu’il existe un mot pali pour désigner ce dernier). Ces deux interprétations farfelues sont obsolètes puisque déjà incluses dans les deux premières conditions. Et il semble évident que la présence d’un esprit est une condition sine qua non pour une nouvelle naissance, ce qu’est un gandhabba. En effet, tout bouddhiste sait qu’un esprit n’est pas créé spontanément lors d’un accouplement.

Les défunts

Et que dire des innombrables témoignages d’EMI, où les "revenus de l’au-delà" donnent presque toujours les mêmes détails sur leurs rencontres avec leurs défunts ?

Parce que oui, les défunts qui accueillent leurs proches expérimentant une EMI sont ni plus ni moins des gandhabbas désincarnés, en attente d’un nouveau corps. Quoi d’autre, sinon ? Des devas ? Probablement pas ! Ces derniers s’intéressent très rarement aux humains, et plutôt à ceux qui ont développé une méditation et une vertu exceptionnelles.

Les défunts qui flottent entre deux vies, du fait qu’ils déambulent dans l’au-delà, ont naturellement une vision claire de l’après-mort (qu’ils oublieront à leur prochaine naissance comme nous l’avons nous-même oublié). Libérés – momentanément – de leur corps grossier et douloureux d’humain, ils peuvent bénéficier d’un recul éclairé sur la vie humaine et ses nombreux tracas et certains ont la bienveillance facile, mais ce ne sont pas des sages pour autant. Le statut de gandhabba sans corps ne confère pas une compréhension correcte de la réalité, ils interprètent donc les choses selon leurs propres croyances. Ils ne savent peut-être pas où ils vont renaître, et éventuellement pas même qu’ils vont renaître. Certains d’entre eux perçoivent probablement comme l’antichambre du Paradis ce qui n’est qu’une simple porte d’embarquement vers d’autres destinations.

Des humains sans corps humain

Les gandhabbas humains sont avant tout des ex-humains. Par conséquent, certains sont aimables, d’autres hostiles. Les gentils seront alors très accueillants, mais ceux qui auront cultivé haine et colère continueront, dès la mort du corps humain, de nourrir des états d’esprits nocifs. Ceux tombés sur les champs de bataille, par exemple, poursuivront la guerre avec leurs gandhabbas ennemis, à l’aide d’attaques psychiques, les sens physiques n’étant plus impliqués.

Vous l’aurez compris, un gandhabba n’est pas grand-chose de plus qu’un humain sans corps physique. Et d’ailleurs, les gandhabbas ne vivent pas dans une sphère céleste à part, mais parmi les humains. Beaucoup nous observent vivre, et pas seulement nos proches disparus. Si vous n’appréciez pas la solitude, soyez rassuré : vous n’êtes jamais seul !

Nombre de vies

En dehors de la méditation profonde bouddhique, ceux qui bénéficient d’un aperçu de leurs existences passées, constatent tout au plus 100 ou 150 vies, toutes humaines qui plus est. En général, ils pensent qu’il s’agit là de l’intégralité, et qu’ils n’ont donc jamais été un animal ou dans d’autres mondes. Or, d’après les écritures bouddhiques originelles, nous renaissons dans des mondes inférieurs et supérieurs, et ce, depuis des temps incalculables (certainement bien plus que 1 milliard à la puissance 10 de vies). Cette vision très limitée est probablement due à ce qu’ils accèdent seulement aux vies couvertes par leur gandhabba présent. Pour voir plus loin dans ses vies, il faut passer par les jhānas.

Dans la plupart des traditions religieuses, le gandhabba est pris pour une "âme", bien qu’il soit pourtant impermanent, conditionné pour durer un temps très éphémère comparé au nombre vertigineux de nos existences.

Pendant notre sommeil

Le saviez-vous ? Pendant notre sommeil, nous faisons tous – inconsciemment – l’expérience de la décorporation. En phase de rêve, notre gandhabba gambade ! Il sort du corps endormi et rôde dans les environs : dans la maison, sur la maison, dans le quartier, etc. Mais pour presque tout le monde, c’est inconscient et amalgamé avec les rêves. Pour le dormeur, rien ne diffère d’un simple rêve.

Nous devons alors participer malgré nous à de drôles de soirées durant nos nuits ; un mélange de gandhabbas dormeurs, de gandhabbas défunts et de fantômes en tout genre. Ces derniers sont des "esprits avides", que les textes bouddhiques nomment des petas et qui résultent d’attachements trop forts. Des humains déchus, en quelque sorte. D’ailleurs, les bouddhistes théravadins (ceux qui considèrent le gandhabba comme une vulgaire semence) qui ont la capacité de voir les gandhabbas les prennent pour des petas ! Des fantômes étonnamment élégants puisqu’ils sont connus pour être d’une laideur plus repoussante que le plus mal formé des humains, tandis que les gandhabbas se présentent sous leur plus belle apparence, une allure furieusement bien retouchée du meilleur de leur dernier corps humain.

Expérience personnelle
Depuis trois mois, une immense carte géographique couvre tout le mur de la chambre que j’emploie comme bureau. Il y a une semaine, je rêve que je me trouve devant cette carte et la vois se décoller, se tordre et tomber au sol. Je regarde cela impuissant, songeant au rude travail pour la fixer au mur. Le lendemain, quelle ne fut pas ma stupeur en la trouvant froissée et tout effondrée pour de vrai sur le parquet ! J’ai alors compris que pendant que mon corps dormait sur la mezzanine de l’autre côté de l’appartement, mon gandhabba se trouvait réellement devant la carte. J’ai d’ailleurs été réveillé à cet instant-là, par le bruit de chute et de froissement de la carte, que j’ai pris pour un bruit de tôle secouée par le vent. Cependant, avant de trouver la carte à terre, je percevais cette expérience comme un simple rêve.

Suggestion :

1er nov. 25

L’échappatoire ultime

Si vous n’avez pas déjà une certaine compréhension du Dhamma, ne lisez pas ce post, et je ne dis pas ça afin que vous le lisiez ! Et si vous êtes disposé à le lire, n’en parlez pas aux autres, les réactions peuvent être négatives, c’est presque inacceptable, tant cela peut être dur à entendre, cela bouscule trop le nid confortable dans lequel on tente de construire son existence…

C’est pourtant bien la réalité : La vie est une malédiction, une prison impitoyable à perpétuité, une grosse masse de problèmes, de soucis, de chagrins et de désaccords en tout genre, un piège qui embourbe les êtres dans la misère comme une trappe à sirop qui attire les mouches. La quasi-totalité des gens choisit de rester aveugle à cela, de se convaincre que "tout n’est pas si mal", préférant voir les petits plaisirs comme des miracles divins qui valent bien toutes les peines et atrocités du monde. Et c’est sans parler des mondes inférieurs, dont on admet généralement l’existence une fois qu’il est trop tard pour y échapper.

La bonne nouvelle, c’est qu’il existe cependant un moyen de s’en libérer. C’est d’autant plus une bonne nouvelle que n’importe quel humain peut échapper à cette calamité, à condition toutefois qu’il fasse le nécessaire.

Ainsi, d’après Bouddha, le moyen de sortir de ce bourbier, l’unique moyen, c’est de plonger son esprit dans la seule chose que tout le monde fuit en permanence, et qui cependant, est la plus évidente et la plus réelle de toutes : le moment présent. La plus importante de toutes les choses n’est donc rien d’autre que l’attention, c’est-à-dire la vigilance intérieure, la pleine conscience. Quand l’attention est pleine, on ne voit que ce qui est réel, c’est-à-dire ce qui apparaît à l’instant présent.

En résumé
La peine de prison de l’existence n’a jamais de fin, mais on peut s’en évader. On ne s’évade pas par la ruse ou la force, mais juste en acceptant pleinement d’être en prison, en la voyant telle qu’elle est.

Concernant les plus hauts accomplissements spirituels, nous trouvons des kilomètres – en épaisseur – de livres, de guides et d’articles, des enseignements des plus compliqués aux plus étranges, des traditions de tous styles et de toutes époques. Toutefois, il peut être sidérant de songer que pour arriver à nibbāna, la cessation de l’illusion, le terme du cycle des existences, la fin de toutes les insatisfactions, il suffit simplement et seulement de demeurer parfaitement attentif à ce qui est perçu par nos six sens, de manière continue.

Cela semble être d’une simplicité déconcertante, mais le mental est si "malade" que cet entraînement de l’esprit peut s’avérer plus ou moins difficile. Tous ceux qui ont déjà tenté de pratiquer la "méditation de l’attention" (vipassanā, satipattāhna, pleine conscience…) s’en seront vite rendu compte. C’est pourquoi, entre autres, sont indispensables :

  • la détermination
  • la persévérance
  • la patience
  • la confiance
 
Kassinou le détracteur
Attends… Il suffirait donc juste d’être conscient de ce qui nous est donné, à ressentir, à voir, à entendre… Ça se saurait si c’était si simple !

Et pourtant ! Mais personne ne veut y croire tant ça paraît simple, justement. Tout est là : il suffit de faire l’effort de ne plus en faire. Et comment sortir de l’aveuglement si ce n’est en étant parfaitement attentif aux choses telles qu’elles sont ? L’Éveil spirituel est la chose la plus facile qu’on puisse imaginer : aucune action, aucune réaction, aucun effort, aucun problème à résoudre, aucun combat à mener, aucune ambition ni attente à nourrir, mais seulement voir, juste voir comme c’est et comme cela a toujours été. L’unique problème, l’unique obstacle, c’est le mental malade, conditionné par les jugements, les interprétations biaisées, les peurs, les désirs de contrôle, de possession, de distractions…

La pleine attention continue sur ce qui est perçu permet donc à terme d’échapper à "la grande malédiction perpétuelle", mais entre temps, apporte d’innombrables bienfaits, et pas des moindres. Notamment (de A à N) :

  • Apaisement. Tout est plus calme, on n’entre plus dans les conflits.
  • Bienveillance. On perçoit plus de bien-être et on souhaite le partager. On voit également fleurir la gratitude.
  • Compréhension. On perçoit de mieux en mieux comment les choses fonctionnent ; l’esprit, le monde…
  • Détachement. On lâche prise de plus en plus sur tout. On est facilement content avec peu.
  • Équanimité. l’esprit est de moins en moins à la merci des émotions extrêmes.
  • Foi. Confiance en soi et dans le Dhamma.
  • Gains. Réussite dans ce qui est entrepris. Il ne s’agit pas d’avoir du succès dans les affaires, mais dans ce qui a une valeur authentique, comme l’aide, la pacification ou la résolution de problèmes d’ordre physique ou psychologique.
  • Honnêteté. On distingue clairement les dangers engendrés par le mensonge.
  • Intelligence. On développe la sagesse, c’est-à-dire une intelligence raisonnable, dépourvue de ruse, une intelligence qui connaît la réalité. L’attention directe est LE terreau la sagesse.
  • Justice. On perçoit mieux ce qui est juste, on est à même de prendre les bonnes décisions.
  • Karma. Grâce à l’attention vigilante, nos actes sont d’une haute qualité. Nous sommes donc protégés contre les devenirs défavorables.
  • Lucidité. On quitte doutes et confusions comme un avion quitte les nuages en décollant.
  • Meilleur. On est meilleur quoi que l’on fasse, grâce à une présence accrue sur tout ce qui se passe.
  • Nibbāna. Rien qu’à l’aide de l’attention pleine et directe, nous finissons par atteindre l’échappatoire ultime de tous les conditionnements.

Suggestions :

21 oct. 25

Méfiez-vous de la distraction !

Il existe une petite force qui peut vous donner un pouvoir immense. C’est la force de ne pas céder à la distraction. En effet, c’est avant tout la distraction qui fait obstacle au développement de la sagesse. Sans le désir de distraction, il n’y a ni ennui, ni attente. La distraction n’est qu’un vilain poison qui contribue aux attachements, à l’aveuglement et au sentiment d’insatisfaction.

La distraction peut nous assujettir partout. Pas seulement dans un spectacle, une vidéo ou une lecture, mais aussi dans les relations sociales, le bavardage, la compagnie (même animale ou même artificielle !), et y compris durant la méditation : à travers les pensées. Résister à la distraction n’a rien de surhumain ; c’est juste une question d’entraînement de l’esprit, ce qui requiert donc un minimum de détermination. C’est exactement comme la cigarette :

  • Une petite distraction ? Non merci, j’ai arrêté. Je ne veux plus avoir l’esprit enfumé.

Pour se libérer de l’intoxication du tabac, il est bien plus facile d’arrêter dans un environnement de non-fumeurs qu’au milieu de fumeurs. Pour s’affranchir de celle de la distraction, la solitude est de loin la meilleure condition. Si les sages de tous les temps font l’éloge de la solitude, c’est bien parce qu’elle est un terreau propice à la culture de la paix intérieure, rendu possible avant tout par l’abandon de toute forme de distraction.

L’autre problème avec la distraction, et pas des moindres, c’est qu’on est totalement en dehors de la réalité.

À l’âge de 22 ans, je me suis retrouvé pour la première fois de ma vie seul dans un appartement minuscule (prêté par l’ami d’une amie parti en congé), dans le XVe, à Paris. Jamais je n’avais alors entendu parler de bouddhisme, de spiritualité, ni même de méditation. À l’époque, mon unique intérêt était de faire la fête. Pourtant, même dépourvu de télévision et d’argent, et sans savoir comment survivre après avoir épuisé les rares denrées du minuscule frigo, jamais je n’avais ressenti un tel bien-être, une telle tranquillité. Après cela, je continuerai bêtement de fuir la solitude. Il me faudra encore quelque temps avant de réaliser que de loin, la plus belle des choses, c’est le silence, c’est-à-dire l’absence de compagnie et de distraction.

Aujourd’hui, je vis dans un village très paisible, seul à l’étage d’une petite maison. La fenêtre de la chambre donne sur le village, où l’on peut parfois apercevoir passer une personne ou une voiture. Je préfère m’installer devant la fenêtre de la salle à manger, qui donne sur la ruelle, mais dont on distingue seulement le mur de la maison d’en face. La raison ? Cela offre moins de distraction ! Moins l’esprit est distrait, plus il est paisible. N’importe quel ascète préférera avoir en face de l’entrée de sa grotte un rocher plutôt qu’une vue sur le village voisin. Et quand on médite, où que l’on soit, le paysage demeure toujours le même : l’intérieur de ses paupières.

Le jour où vous comprenez que la distraction ne sert qu’à vous déconnecter de la réalité et à vous faire tourner en rond, vous vous en détachez le plus naturellement du monde.

La capacité à se passer de la distraction, c’est l’assurance du respect d’une bonne vertu. Car si vous parvenez à renoncer à la distraction (donc à la musique, à la télévision et aux arts), vous pouvez renoncer d’autant plus facilement à la méconduite sexuelle, à la consommation d’alcool, au vol et au mensonge.

L’abandon de la distraction donne le pouvoir immense d’être pleinement conscient, de vivre et de comprendre chaque instant pour ce qu’il est, de prendre toujours les bonnes décisions et d’être à l’abri de ce qui afflige les inconscients : le besoin et le danger.

Suggestion :

9 oct. 25

Les cheveux

Quand je vais faire les courses, je m’empare de mon sac à dos et de mes deux bâtons, puis parcours huit kilomètres de montagne recouverte de forêt. De l’autre côté de la montagne, tout en bas, le sentier forestier me laisse juste en face d’un grand supermarché devant lequel se trouvent des tables de pique-nique sur de l’herbe et sous l’ombre de quelques arbres. Je me pose là pour y casser la croûte. À l’une des tables, deux femmes savourent une pause sandwich. Leur uniforme montre que ce sont des caissières du supermarché. Signe évident qu’elles ne sont pas en service : leurs longs cheveux, bruns pour l’une, châtain pour l’autre, sont totalement détachés.

Comme je l’ai souvent constaté, le détachement des cheveux et leur longueur se présentent comme une marque de liberté. Il existe bien sûr des cas qui contredisent ce fait, tout comme le fait que les cheveux poussent bien moins vite qu’on ne peut parfois accéder à la liberté. Dans son temps "libre", on lâche plus facilement sa chevelure. À l’inverse, typiquement dans le monde professionnel, une coupe courte est exigée pour les hommes et la chevelure soigneusement attachée pour les femmes – ce qui revient en quelque sorte à les raccourcir ou à les cacher. Et plus le métier consiste à recevoir des ordres, donc à laisser moins de place à la liberté, et plus le cheveu devra être coupé court : employé d’une grande chaîne, policier, militaire…

Qu’on ne s’y trompe pas, s’il est presque impensable de trouver un grand patron ou même un chef d’État avec une longue tignasse, c’est bien la preuve que ces gens-là sont loin d’être libres. Sous le joug de lourdes responsabilités, coincés par des codes à suivre et des attentes à satisfaire, les plus grands décideurs ne connaissent pas la liberté. Imaginez que le président de la République rêve d’avoir les cheveux longs jusqu’aux hanches… Pensez-vous qu’il oserait renoncer à aller chez le coiffeur ?

Si nous examinons les êtres qui vivent librement, sans règlement complexe, loin de toute obligation, nous pouvons observer des chevelures et barbes aussi luxuriantes que la végétation sauvage : les peuples d’Amazonie, les sadhous indiens, les hippies… Si l’on se penche sur la période moyenâgeuse, faut-il aussi évoquer la longuissime chevelure des chevaliers et celle des sages chinois ? On peut même remarquer, quelle que soit l’époque, que les plus libres d’entre tous, comme les ascètes qui ont renoncé à tout, non seulement leurs cheveux sont longs et détachés, mais pas même coiffés !

Dans les années 70 et 80, les cheveux étaient beaucoup plus longs que de nos jours. Question de mode ? La mode n’est pas le fruit du hasard. Il peut paraître évident que dans ces années-là, loin du contrôle numérique, de l’effacement de la diversité, des interdictions multiples et des censures intempestives, le vent de la liberté soufflait plus fort.

Que penser des perruques arborées par les bourgeois des siècles passés et par les magistrats encore actuellement ? S’agirait-il d’une façon d’exhiber une liberté feinte ? À vous d’en juger !

Pour parler de mon cas personnel, tant que je vivais chez mes parents, assez autoritaires, naturellement, mes cheveux étaient plus courts que les poils d’une brosse. Quelques mois après mon envol, j’ai commencé à vouloir une queue de cheval derrière la tête. Pendant des années, j’ai laissé mes cheveux recouvrir mon dos, simplement parce que je me sentais libre, non pas par passion capillaire. Et lorsqu’on m’a incarcéré à la prison centrale de Mandalé, j’ai été contraint de me faire tondre. Plus de liberté, plus de cheveux ! (Cette phrase est valable dans les deux sens : en prononçant les "s" de "plus" ou sans les prononcer).

Kassinou le détracteur
Admets que ton point de vue est un peu radical, quand même ! Souvent, quand on entretient des cheveux courts ou bien attachés, ce n’est pas par manque de liberté, mais pour donner une bonne image, propre et soignée.

Tant qu’on accorde de l’importance à l’image qu’on donne, n’est-ce pas la preuve d’un manque de liberté ? Chez celui ou celle qui est esclave de l’opinion des autres, où est la liberté ?

Kassinou le détracteur
Est-ce qu’on ne peut pas se couper les cheveux simplement par goût ?

Certes, mais force est de reconnaître que, comme par hasard, les personnes au mode de vie très libre ont plus souvent le goût des cheveux longs et lâches, et celles dont le quotidien est plus strict, caractérisé par des obligations nombreuses, apprécient plus fréquemment des coupes courtes pour les hommes et aux cheveux domptés pour les femmes.

Kassinou le détracteur
Au fait, les femmes ont en moyenne les cheveux nettement plus longs que les hommes. D’après toi, ça signifierait donc que les femmes sont plus libres ?

Exactement ! Elles sont moins accrochées au pouvoir, moins soucieuses d’avoir un compte bien rempli ou une voiture imposante. Aussi, elles choisissent bien plus facilement leur mâle que les mâles choisissent leur femelle. Elles sont donc généralement moins prisonnières du sentiment de compétitivité. Cela dit, beaucoup de femmes loin d’incarner la liberté sont parées d’une longue chevelure, c’est aussi un attrait fort de la séduction féminine.

Distinction féminine mise à part, le degré de liberté d’une communauté – ou d’un individu – peut se mesurer par la longueur et le lâchement de leurs attributs capillaires.

Kassinou, qui adore se moquer
Oui, surtout les moines bouddhistes ! Dire qu’ils ont la réputation d’être les plus libres ! Arf !

Je l’attendais, celle-là ! Il y a justement là un paradoxe intéressant. Même si un moine est bien plus libre qu’une personne encore investie dans "les choses du monde", il est en même temps plus conscient que quiconque d’être encore dans "la prison du cycle des existences" (sāmsarā), il sait que la condition humaine n’offre pas de véritable libération. Avant la Libération ultime (nibbāna), il sait qu’il convient de faire preuve d’une discipline infaillible.

L’une des scènes les plus appréciées d’un de mes films – Le Grand Héritage – montre l’héroïne qui, s’échappant d’un monastère à la discipline stricte, se sentant enfin libre, assise à l’arrière d’une mobylette filant à vive allure, relâche sa longue chevelure qui flotte au vent. À la fin du film, quand elle comprend que la chose la plus bénéfique qu’elle puisse faire est de renoncer au monde et d’observer une pleine vigilance accompagnée d’une grande discipline intérieure, elle se fait raser le crâne tout lisse afin d’embrasser la noble vie de nonne.

Suggestions :

1er oct. 25

Être ou ne pas être dans le monde ?

Vous avez le choix :

  • Être dans le monde, jouissant de la vaste variété des expériences que l’on y trouve – mais il faut aussi en subir les conséquences.
  • Renoncer au monde, afin d’accéder à une paix qui dépasse de loin ce que vous avez pu expérimenter de "mieux".

Lorsqu’on voit un renonçant, on constate, qu’à l’instar de tout être humain, il lui faut manger, se protéger du froid, se soigner des maladies. Alors après tout, on peut s’interroger : un renonçant est-il ou pas dans le monde ? À la fois, la réponse est oui et non.

Oui, en tant qu’être humain, il est pourvu d’un corps qui a besoin d’être entretenu : alimenté, protégé des intempéries, soigné des maladies, etc. Aux yeux de la plupart, un tel être est considéré faire partie du monde. Selon celui qui l’aperçoit, il sera perçu – entre autres – comme :

  • un ermite misanthrope
  • un marginal
  • un individu comme les autres
  • un mendiant
  • un fou
  • un malade mental
  • un cas social
  • un parasite

Dans le meilleur des cas (le plus proche de la réalité), une personne qui comprend son choix de vie, en plus d’éprouver du respect, le verra comme un renonçant, un moine, un ascète. Il sera capable de percevoir la noblesse de son mode de vie.

Non, un renonçant n’est pas dans le monde, dans le sens où il ne s’investit plus dans rien, n’a plus de désir ou d’attachement pour quoi que ce soit, plus le souhait d’expérimenter des choses (découvrir des lieux, des sensations, des nourritures, rencontrer des personnes…). Il n’a plus sa place dans le monde et c’est pourquoi il y renonce. Éteinte en lui est la volonté d’expérimenter le monde de la matière, tout comme le monde immatériel, d’ailleurs !

Kassinou le détracteur
Mon pauvre isi ! Parce que tu te figures peut-être qu’en lisant ça, tes lecteurs vont se dire : « Tiens, quelle bonne idée ! Allez hop ! Pour goûter à une super paix, je vais renoncer à ma bagnole, à ma baraque, à ma femme, à mes fêtes entre amis, à mes jeux, à ma musique… » ?

Ce n’est jamais tout noir (100 % consommation des plaisirs) ou tout blanc (100 % renoncement). Ceux qui ont saisi qu’il existe quelque chose au-delà de l’obscurité du monde des désirs sont tous dans le gris, un gris plus ou moins sombre ou plus ou moins clair. Le chemin vers la paix prend du temps et chacun peut choisir d’injecter facilement un peu plus de renoncement dans son existence.

À force de s’alléger de la sorte, arrive un jour où le renoncement devient sa priorité sur tout le reste. On peut alors considérer que l’on n’est plus dans le monde, ou seulement très peu. Quand le renoncement devient complet (100 % blanc), on accède à l’accomplissement ultime.

Kassinou le détracteur
Quand on est pauvre, on galère déjà grave pour survivre. Alors si on renonce à tout, on crève la misère !

C’est la convoitise – c’est-à-dire l’opposé du renoncement – qui fait toute la difficulté de l’obtention des nécessités. Et cette difficulté s’évapore en même temps que la convoitise. Ce n’est pas magique, c’est chimique !

Métaphore
De même que les terres stériles sont délaissées et que les terres fertiles attirent les planteurs, les esprits avides des êtres pauvres sont abandonnés à leur sort, et les esprits détachés attirent une protection universelle.

Ainsi, par vénération, pitié ou obligation, les besoins vitaux sont naturellement fournis à un être qui renonce au monde. Il n’a plus le souci de sa subsistance. Il peut ainsi se consacrer librement à sa pratique de renoncement, de vigilance, de méditation. D’une manière ou d’une autre, il vit épargné par le manque et la précarité extrêmes.

Kassinou le détracteur
Tiens ! Cette fois, tu nous balances pas l’une de tes affirmations favorites ? À savoir : "Celui qui renonce aux plaisirs sensoriels renonce également à toutes les contraintes qui vont avec".

Non, mais je te remercie pour t’en être chargé.

Kassinou le détracteur
Trop facile de renoncer au boulot !

Si tu renonces au boulot, il faut aussi renoncer à ce dont tu parlais avant : la bagnole, la baraque, la femme, les fêtes entre amis, les jeux, la musique… Mais en fait, la question du renoncement au travail ("rémunéré et obligatoire" faut-il préciser, car un renonçant travaille en fait beaucoup plus que les autres). C’est en renonçant au monde que naturellement le travail obligatoire, le travail "contraignant", ne s’imposera plus à toi.

Selon le pays, l’époque, les traditions dans lesquelles le renonçant évolue, sa protection lui sera fournie de diverses façons, en fonction de la considération et des croyances des personnes croisant son chemin.

Voici quelques différentes motivations de support envers ceux qui ont lâché prise sur le monde, classées de la plus juste et la plus récompensée, à la plus erronée et la moins récompensée :

  • Respect pour la noblesse du renoncement
    « Je comprends que son mode de vie est noble, alors je le soutiens avec joie. »
  • Encouragement pour l’austérité
    « Il a choisi une vie rude, je l’admire. »
  • Compassion pour qui est dans le besoin
    « Il est sans ressources, je veux l’aider. »
  • Superstition religieuse
    « Si je donne à un moine, j’augmente mes chances de renaître au paradis. »
  • Pitié envers qui est perçu comme un vulgaire mendiant
    « Ce clochard me fait de la peine. »
  • Obligation administrative (aide sociale instituée par la loi)
    « Mes impôts contribuent à nourrir ce parasite qui ne fabrique rien à l’aide de ses mains. »

Dans une société ultra individualiste, où tout encourage l’égocentrisme et la vénération de la position professionnelle, les besoins du renonçant sont fréquemment assouvis par l’aide sociale de l’État, rarement par le don spontané. Dans un tel cas, personne ne bénéficie du mérite considérable de soutenir matériellement et volontairement un renonçant. Pour le renonçant, cela ne fait aucune différence, puisqu’il ne s’attache à rien, donc pas non plus à la façon dont son corps est maintenu en vie. De ce fait, sa gratitude est dirigée avant tout à l’Univers entier, qui contribue d’une façon ou d’une autre à le soutenir dans sa noble tâche.

Voulez-vous avoir une idée précise de ce que l’on ressent en étant en dehors du monde ? Lorsque vous êtes en méditation, par exemple, ou dans un moment de pleine relaxation, sans pensées ni réflexions, vous n’êtes pas dans le monde. Voilà ce que signifie être en dehors du monde. À l’inverse d’un être mondain qui pratique la méditation, et qui ne tarde pas à se laisser reprendre par les choses du monde une fois ressorti de sa méditation, le renonçant, quand il sort de sa méditation, demeure en dehors du monde, son esprit étant seulement habité par le lâcher prise et la vigilance de l’instant présent.

Il y a toutefois un paradoxe. C’est en demeurant plus que quiconque vigilant dans l’instant, donc pleinement conscient du monde, que le renonçant n’est pas dans le monde, dans le sens de "pris par le monde, ses affaires, son effervescence".

Suggestion :

20 sept. 25

Combien de temps voulez-vous encore jouer ?

Le monde entier n’est qu’un jeu. Un jeu auquel chacun tente d’imposer ses règles. Un jeu parfois drôle, mais souvent pas drôle.

Les sages sont ceux qui ont compris que la seule façon de gagner, c’est d’arrêter de jouer.

Suggestions :

9 sept. 25

N’attendez plus !

Imaginez un fou qui investit toutes ses pensées, toute son attention et toute son énergie à des choses qui n’existent pas, plutôt que de les consacrer à son existence. Eh bien c’est exactement ce que nous faisons tous et tout le temps !

Bien rares sont ces instants que nous prenons tels qu’ils nous sont donnés et qui comportent toutes les richesses et toutes les clés de l’accomplissement intérieur. Misérables sommes nous de préférer un instant illusoire, une vie qui n’existe pas ! Alors nous nous perdons dans une réalité imaginaire, nous nous noyons dans des expectations sans fin. Auto-convaincus qu’avec "ceci" ou "cela", qu’avec "lui" ou "elle", tout sera mieux, nous sommes les artisans − à notre propre insu − de toutes nos contraintes. Nous gâchons tout avec nos innombrables attentes, alors qu’il suffit juste de ne rien attendre !

Car oui, c’est l’attente − donc le désir, l’attachement, l’avidité, le contentement (l’incapacité de se contenter de ce que la vie nous apporte) − qui génère tous nos malheurs.

Notre course après le plaisir est continuelle. À tel point que lorsque nous parvenons à obtenir une chose ou une situation que nous avons tant espérée, nous l’ignorons ; nous n’y prêtons même plus attention, tant notre esprit est occupé par les autres attentes qui nous accaparent.

Naturellement, quand on parle de cultiver un esprit libre de toute attente, cela concerne tout autant l’accomplissement spirituel. Aussi longtemps que nous guettons les conditions qui permettent la compréhension complète du « grand mystère de la vie », la Sagesse profonde ne demeure qu’un lointain fantasme. C’est quand on se désintéresse du monde qu’il devient véritablement intéressant.

La vie a toujours été et sera toujours une suite de moments excitants et de moments douloureux. À quoi bon se fatiguer à remuer le bourbier ? Il n’y a qu’à le contempler et les problèmes finissent par s’évanouir d’eux-mêmes. Il n’y a qu’à immobiliser l’esprit et les choses importantes viennent à soi d’elles-mêmes. Il suffit de ne rien attendre. En plus de gagner un esprit en paix, on ne manque de rien. Alors, dans les deux sens du terme : pourquoi attendre ?

Je ne parle pas simplement de ce que Bouddha nous a enseigné, mais surtout de ma propre expérience, de ce que je constate directement, depuis longtemps et de plus en plus. Pas encore totalement parce qu’il m’arrive d’avoir quelques attentes et quelques irritations qui, les unes comme les autres ne sont que des aveuglements qui empêchent de voir la réalité. En tous les cas, mes attentes deviennent de moins en moins nombreuses et je m’en porte de mieux en mieux, mon existence est de plus en plus paisible, et tout devient de plus en plus clair dans mon esprit.

L’Éveil n’est pas un flash qui survient subitement, comme par magie. C’est le résultat d’un cheminement progressif. Après avoir lâché tous les attachements, l’esprit est en mesure de lâcher le dernier, le plus subtil : l’attachement au fait d’être conscient. C’est comme découvrir l’étage supérieur en montant la dernière marche, mais avant cela, il faut gravir une à une toutes les autres depuis la première.

Telle est ma philosophie : Ne plus avoir d’attente, demeurer ici, présent à ce qui est, cultiver un esprit bienveillant, juste et détaché en toute situation. Mon mode de vie est on ne peut mieux résumé par ce moine Zen :

Citation d’un maître Zen
Avoir un but est une maladie de l’esprit.
Vous n’avez pas besoin d’avoir un but si, ici et maintenant,
vous vous concentrez sur ce que vous faites.
Ouvrez les mains, et vous recevrez tout, même les biens matériels.

Alors si, à l’instar de 100 % des êtres vivants, vous recherchez le pur bonheur, qui ne peut éclore qu’au renoncement de toute attente, vous savez ce qu’il vous reste à faire…

Suggestions :

20 août 25

La nostalgie

Une couche de misère

Qu’est-ce que la nostalgie, sinon une couche de misère supplémentaire que l’on tartine sur la misère déjà présente dans l’existence ? Ne s’agit-il pas d’un souvenir qui paraît agréable, que l’on souhaite revivre, mais qu’on ne le peut plus, puisque c’est chose révolue, généralement enfouie dans un lointain passé ? La nostalgie peut aussi être vue comme un espoir à l’envers. On espère quelque chose, mais une chose déjà passée, qui a disparue et qui ne se reproduira plus. Et même si d’une façon ou d’une autre, cela revient, ce ne sera de toute manière pas comme avant, pas comme le souvenir que l’on désire tant revivre.

Qu’est-ce que donc la nostalgie sinon de l’ignorance à 200 % ? Un double aveuglement, car d’une part on s’accroche à un désir, donc à un vent de souffrance, et d’autre part, à un événement trépassé dont on sait qu’on ne revivra pas, donc à la souffrance du manque et du regret.

On sait que le sage établit son esprit tant que faire se peut dans l’instant présent. Il est donc évident que de s’encombrer avec de vieilles pensées, avec des souvenirs morts, avec des sensations évanouies dans les abysses du temps, constitue un manque de sagesse.

Bouddha a dit :
Aucun instant de vie, dans quel type d’existence que ce soit (donc y compris dans les plus hautes béatitudes), ne vaut la peine d’être vécu.

Naturellement, cela est d’autant plus vrai en ce qui concerne les souvenirs, qui ne sont que des pensées brodées dans la vieille laine des événements passés. Si l’esprit s’attache à un vieux souvenir, c’est non seulement parce qu’il voit comme une chose souhaitable ce qui ne l’est pas, mais aussi parce qu’il le filtre et le distort de façon à le rendre merveilleux, immaculé, parfait.

Contemplez vos meilleurs souvenirs

Essayez de prendre comme exemple une lointaine période de votre vie qui peut susciter en vous de la nostalgie : Tel quartier de votre enfance où vous avez vécu dans les années 60, 80, début 2000… où l’on vivait dans une telle insouciance, où les gens se réunissaient et s’entraidaient facilement, sans être constamment absorbés par leurs petits écrans… Les récréations à l’école, avec ses jeux de billes et de marelles… Le village si paisible des grands-parents, avec ce grand jardin plein de grosses tomates odorantes, toutes ces framboises, les ânes au poil doux comme du velours et les montagnes de bottes de foin entre lesquelles tant de choses se sont vécues…

Quel que soit le souvenir que vous avez choisi, aussi souhaitable vous paraisse-t-il, vous serez bien forcé(e) d’admettre qu’au moment où vous les avez vécu, vous n’étiez pas dans une extase constante, songeant à longueur de journée : « Quel privilège j’ai de vivre une période aussi formidable ! » Si vous méditez soigneusement sur ce souvenir, vous verrez qu’il est voilé par deux idées fausses.

1re idée fausse

L’aspect agréable sur lequel vous vous attachez ne représente que de brèves sensations, des détails, des choses que vous n’avez plus expérimenté depuis longtemps, qui ne tarderaient pas à retomber dans la banalité si vous aviez l’opportunité de les ré-expérimenter, et qui d’ailleurs passaient tout à fait inaperçues à l’époque où elles étaient à votre portée.

2e idée fausse

Quand l’esprit baigne dans la nostalgie, il voit tout en rose, « Tout était mieux à cette époque ! » Il y a focalisation sur ces tendres sentiments ressentis à l’égard de ces éléments isolés qui nous plaisent à nous remémorer, comme si à cette époque, l’esprit ne connaissait rien d’autre que ces sentiments plaisants.

C’est bien évident, si d’un coup de bagette magique l’on pouvait nous renvoyer revivre cette époque pour laquelle le mental perçoit tant de nostalgie, on se retrouverait aussi mécontent qu’un inocent qui se retrouve écroué pour une longue peine de prison. Nos perceptions étaient si différentes et nous avons oublié tant de choses, surtout ces nombreux détails que nous détestions tant.

Conclusion

La réalité – un peu de méditation et d’introspection suffit à le constater –, c’est qu’avant ce n’était pas mieux, pas pire non plus, et qu’après ce ne sera pas pire, pas mieux non plus. Quelle que soit l’époque, il y a des choses perçues agréables et des choses perçues désagréables. Aussi, nous expérimentons ce que nous devons expérimenter. Ce que nous avons vécu par le passé avait une nécessité lorsque nous le vivions, cela n’a plus de sens aujourd’hui. C’est pour cela que chaque instant qui passe est le seul qui compte, c’est le seul digne d’intérêt puisque le seul qui nous donne l’opportunité de nous accomplir. Les instants à venir n’existent pas encore, et les vieux instants ne font que nous embourber dans la misère déjà suffisamment pesante de notre condition d’être conscient.

En résumé, la vie a toujours et sera toujours un grand tas de misère à laquelle la seule chose qui vaille est de faire de son mieux pour s’en délivrer. Néanmoins, faut-il un minimum de sagesse pour être en mesure de le comprendre !

Mon expérience personnelle

Si je devais ajouter un mot de ma propre expérience…

Voilà trois semaines que je me retrouve seul, totalement isolé dans un village paisible où je ne sors que pour aller faire les courses ou marcher dans la montagne. Après de longues périodes à fréquenter beaucoup de monde et effectuer de nombreuses activités (faire des films, jouer avec les enfants, voyager…), je pensais que j’allais faire face à une période de vide, tiraillé par le manque. Or, je ne ressens aucune nostalgie, pas le moindre regret pour une période passée. Je réalise que je demeure vigilant sur toute la misère incluse dans ces périodes passées, que rien ne peut rivaliser en qualité d’esprit avec mon existence présente, libre de toute futilité et encombrement, composée seulement de calme, de présence et de détachement. Établi dans le comportement juste, mon esprit ne connaît ni ennui ni vouloir (qu’il en soit autrement, qu’il y ait de la distraction…). Plus que jamais, je me trouve en accord avec ce que la vie me donne – ou ne me donne pas ! – et de ce fait, je me manque de rien ; ni de nourriture, ni de confort.

Qu’est-ce que j’appelle "le comportement juste de l’esprit" ?

Le comportement juste de l’esprit

  • la vigilance dans l’instant
  • le contentement (se satisfaire de peu)
  • la gratitude pour ce qui m’est donné
  • ne pas vouloir ce que je n’ai pas
  • éviter les distractions
  • ne jamais sombrer dans le laisser-aller, même quand il n’y a rien à faire
  • l’acceptation de toute situation
    (celui-là n’est pas toujours évident !)

Kassinou le détracteur
Que de belles paroles ! Pourquoi je t’entends râler, parfois ? Pourquoi je te sentais inquiêt, quand il ne restait que 7 centimes sur ton compte et que l’aide sociale avait cessé de te parvenir ?

Peux-tu me rappeler quand ai-je dit être quelqu’un de parfai­tement accompli ?

Suggestion :

22 juil. 25

Le désir n'en vaut pas la peine

Lorsqu'on obtient quelque chose que l'on désire, ce désir pour cette chose cesse, et fort heureusement, parce que le désir engendre toujours de la souffrance (puisqu'on veut quelque chose qu'on ne peut pas avoir sur le moment). Alors si le désir persistait à l'acquisition d'un objet, la souffrance serait interminable. On serait alors tous contraints à devenir rapidement des ascètes nus et chastes, ce qui ne serait peut-être pas plus mal, après tout !

Cependant, le désir pour un objet que l'on possède déjà peut refaire surface, dès qu'on se retrouve éloigné de cet objet, où que les choses ne vont pas comme on le souhaite avec ce dernier.

Quoi qu'il en soit, les êtres font tout pour collectionner les souffrances. Non seulement ils accumulent les désirs comme un aspirateur accumule les grains de poussière, mais de nombreux désirs naissent tandis que d'autres ne sont pas encore satisfaits. Et le problème, c'est que la plupart ne le seront jamais.

Nous sommes nombreux à croire que le désir n'est pas une si mauvaise chose que ça. En fait, le désir est si vicieux qu'il parvient à nous faire croire qu'il est agréable, en se parant de pointes de plaisir, comme un dessert empoisonné couvert de paillettes de chocolat. Le désir à purement parler, est à la fois un aveuglement, une frustration, une attente, une crainte et un voile sur ce qui se passe dans la réalité, donc sur toutes sortes d'opportunités propices qui ainsi, passent à la trappe.

En outre, la possession apporte de nouvelles souffrances : des craintes, des efforts et des complications, dus à son entretien, sa surveillance, son vieillissement, ses dommages et sa perte.

Un bon moyen d'éviter les souffrances inhérentes à la possession, c'est de limiter les possessions. Un bon moyen de limiter les possessions, c'est de limiter les désirs. Le bon moyen de limiter les désirs – et toutes les frustrations qui l'accompagnent – , c'est de réfléchir en profondeur sur ces désirs. Comment y parvenir ? Une façon efficace consiste à lancer un regard en arrière, puis un autre en avant.

Le regard en arrière, c'est une réflexion sur une chose que vous avez fortement désirée et récemment acquise, en se posant par exemple les questions suivantes :

  • Est-elle si indispensable que ça à mon existence ?
  • L'attente et la difficulté à l'obtenir en valaient-elles la peine ?
  • Est-ce qu'elle m'est si bénéfique que ça ?
  • Quels problèmes m'apporte-t-elle ?
  • Quelles sont les craintes qu'elle génère ?
  • Quelles pertes m'a-t-elle occasionné ?

Concernant le regard en avant, même Kassinou est capable de le comprendre, donc je lui laisse la parole.

Kassinou, qui ne veut pas
perdre la face

Rien qu'en y pensant, la plus belle chienne du quartier me fait baver d'envie. Mais c'est sûr, si un jour elle devient mienne, j'en verrai de toutes les couleurs ! Elle fera de moi son esclave, je détruirai ma santé à satisfaire ses caprices insatiables, il me faudra toujours lui fournir de gros os bien frais, sous peine de la voir bouder et se refermer comme une huître, il me faudra endurer les crasses de tous les jaloux du quartier, je vivrai constamment dans la crainte de la perdre, et sans doute tant d'autres choses que je ne peux pas imaginer maintenant. Et bien sûr, le jour de notre séparation, je souffrirai le martyre, ma douleur sera inconsolable. En y songeant bien, aucune chienne ne vaut une seule goutte de ma bave !

Bravo mon vieux !

Suggestion :

1er juil. 25

L’enseignement de Bouddha n’est pas fait pour nous !

Tant que, à bord d’un engin spatial, vous ne vous éloignerez pas suffisamment de la Terre en faisant le tour, vous ne pourrez pas acquérir la certitude que celle-ci est sphérique. Cependant, ayant effectué des vols de long-courriers, ayant eu des appels vidéo de nuit avec un correspondant sous le soleil, ayant lu ou entendu les explications de scientifiques qui semblent fiables, vous avez acquis la conviction que la Terre n’est pas plate, à tel point que vous pourriez parier votre tête avec le sentiment de ne prendre aucun risque, n’est-ce pas ?

Il en va de même avec mon expérience de l’enseignement de Bouddha.

Rares sont ceux qui peuvent aller dans l’espace et voir la Terre en un coup d’œil. De la même façon, rares sont ceux qui ont la capacité de réaliser l’enseignement du fondateur de la toute première communauté monastique. Si mon expérience ne m’a pas conduit à "voir cet enseignement en un coup d’œil", elle m’a néanmoins permis de comprendre qu’il est si profond et si subtil qu’il s’adresse à des êtres spirituellement extrêmement avancés. J’ose même affirmer qu’il n’a guère d’utilité pour ceux qui ne sont pas capables de s’absorber en méditation profonde (jhāna). Parce que oui, selon moi, tant qu’un individu a le souci d’un mode de vie pacifique, honnête et modeste dans ses désirs, et ne s’embourbe pas dans une dévotion excessive pour quelque "entité céleste", quelles que soient ses vues (religion, philosophie, enseignement spirituel, intuition…), cela revient globalement au même.

Imaginez une autoroute qui relie une ville au pied d’une montagne. Depuis le pied de la montagne, partent divers sentiers. Certains ne montent pas, certains montent un petit peu, mais un seul mène au sommet.

Bien que je consacre ma vie à observer pieusement les recommandations de Bouddha (celles que je peux en tout cas), je ne suis encore que "sur l’autoroute".

Vous avez probablement lu un tas de discours (suttas) où, ayant à peine entendu quelques phrases de l’un ou l’autre des plus grands disciples de Bouddha, un individu passe soudainement du stade de détracteur et sceptique incurable à celui de convaincu, se prosternant et demandant : « Veuillez m’accepter comme disciple ! »

Moi, quand j’ai une conversation sur les choses de l’esprit avec une personne non bouddhiste, mes arguments ne trouvent pas écho. Quand j’expose ma – pourtant très claire – vision des choses, cela a parfois l’effet d’épaissir la confusion dans l’esprit de mon interlocuteur.

Naturellement, la différence entre les grands moines du passé et moi est semblable à celle qui sépare une véritable étoile du simple dessin d’une étoile. De plus, ceux qui faisaient l’objet de telles conversions spectaculaires étaient déjà dotés d’une maturité spirituelle latente exceptionnelle. Tant que nous sommes "sur l’autoroute", il est vain de chercher à prôner quoi que ce soit ! Contentons-nous d’abord de rouler prudemment jusqu’au pied de la montagne !

Si les livres de moines mondialement célèbres – qui n'adoptent même pas la discipline et la pratique exposées par Bouddha – se vendent des milliers de fois plus que les discours de Bouddha lui-même, c’est parce qu’ils sont adaptés à ceux qui ne peuvent que "rouler sur l’autoroute". À propos, il existe des auteurs qui exposent de façon remarquable le processus qui conduit vers le Noble sentier, tels que : Arnaud Desjardins, Jack Kornfield, Ajahn Brahm, Thierry Falissard... Dans ses enseignements, Bouddha s’est surtout concentré sur le dernier sentier qui mène au sommet. Pourquoi aurait-il perdu du temps avec la route toute défrichée que tout le monde connaît déjà ? Je vous le dis sans détour : l’enseignement de Bouddha n’intéresse personne ! Je parle bien sûr de sa version originelle, celle qui s’adresse à ceux qui ont déjà renoncé à tout, non de celle des livres que vous trouvez dans les magasins d’encens, de statuettes et de coussins de méditation à 99 €.

Je ne suis donc pas capable de montrer le sentier montagnard que je n’ai pas arpenté, mais seulement de répéter des discours des êtres éveillés du passé ou, plus ou moins comme je l’aurais probablement fait si j’avais appartenu à une autre tradition religieuse ou philosophique, d’exposer mon expérience, mes compréhensions sur les bénéfices du renoncement (qui est très lié à la générosité, dāna) et ceux de la vigilance consciente, ainsi que sur la stérilité de toute forme de rituel ou de prière.

Un être Éveillé ne perd jamais un instant avec quelqu’un qui n’a pas la capacité de saisir le processus qui conduit à la libération spirituelle. Voilà pourquoi les arguments des enseignants du dhamma résonnent souvent dans le vide. Non seulement parce qu’ils ne sont pas éveillés, mais aussi parce qu’ils perdent du temps avec des êtres qui ne peuvent (ou ne veulent) pas entendre. On croit souvent – à tort – qu’il suffit d’expliquer ce qu’on a compris pour que les autres le comprennent.

Ainsi, presque personne ne peut comprendre ce que Bouddha a enseigné, ou plus exactement ce qu’il a hésité à enseigner, sachant bien que presque personne ne serait capable de le saisir. Mon aide demeure donc superficielle, puisque je suis moi-même incapable de saisir l’essentiel de cet enseignement.

Kassinou le détracteur
Si je comprends bien, même pour toi, l’enseignement de Bouddha, c’est de la confiture aux cochons ?

Parfaitement, Kassinou. Un peu comme un chien qui écouterait du Montaigne et qui affirmerait que c’est de toute beauté. Il ne comprend pas un seul mot, mais il apprécie le ton de la voix de son maître qui lui lit des passages de ce grand écrivain.

Cela dit, le sentier de Bouddha contient des repères précieux, utiles dès "l’entrée de l’autoroute", comme :

  • Il n’y a rien à croire, seulement à comprendre par sa propre expérience.
  • Chacun est responsable de ses actes, on finit toujours par récolter ce qu’on a semé.
  • L’existence n’est pas en mesure d’apporter une satisfaction durable, mais il existe une issue définitive lorsque le travail a été totalement accompli.
  • Plus on se détache, plus on est protégé, moins l’on a à se soucier de quoi que ce soit.

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