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But du blog Infos Essence des souttas Retraite en Suisse

Le blog qui vous dit ce que vous
n’avez pas envie d’entendre
car il se soucie seulement de votre évolution intérieure !
3 bonnes raisons de le lire, même si vous savez déjà tout
1. Une piqûre de rappel fait toujours du bien.
2. De nouveaux angles de vue affinent votre vision des choses.
3. Obtenez des arguments pour transmettre le Dhamma aux autres.
Conseils sur    
la méditation profonde
Beaucoup de ces conseils pour samatha sont aussi valables pour vipassanā (vigilance à l’instant).

Dès demain, chaque dimanche, ici-même…

Un conseil précis sur la pratique de la méditation profonde, pour vous accompagner dans votre pratique tout au long de l’année.

Chaque conseil sera affiché toute la semaine, puis remplacé par un autre le dimanche suivant…

Si vous avez des questions, n’hésitez pas !

Lisez l’introduction aux conseils sur la méditation profonde.

1er août 26  [ 1725 mots ]

Le meilleur de vos "vous"

Les rats sont très intelligents. Ils sont beaucoup plus proches des humains qu’on ne le soupçonnerait, notamment par leur comportement social. C’est pour cela qu’ils font souvent l’objet d’expérimentations, pas simplement parce qu’ils sont plus faciles à se procurer que des singes. Il y a une expérience que je trouve parti­culiè­rement intéressante…

L’expérience des six rats
Dans une expérience de Didier Desor, six rats sont placés ensemble dans un environnement avec accès à la nourriture par la nage. On peut observer que le groupe se répartit systéma­tiquement selon quatre caté­gories distinctes :
  • Deux exploiteurs. Ils ne nagent jamais et se font servir par les soumis.
  • Deux soumis. Ils nagent pour chercher la nourriture, la rapportent aux exploiteurs, et ne peuvent manger qu’après eux.
  • Un autonome. Il nage suffisamment bien pour contourner les exploiteurs et se nourrit lui-même.
  • Un souffre-douleur. Il nage moins bien et est moins apte à s'imposer, il ne vit que de miettes.
Cette hiérarchie se met en place sponta­nément et rapi­dement, sans qu’aucun rat ne l’ait décidée. On retrouve toujours parmi les six rats la même répartition des rôles.

Le plus surprenant, c’est qu’en répétant six fois l’expérience avec des rats différents et en mettant ensemble les six souffre-douleurs, très vite, ils vont reconstituer une hiérarchie avec les mêmes six rôles. Si on répète l’expérience avec six autonomes, six soumis ou six exploi­teurs, dans chaque cas ils vont reproduire les six mêmes rôles distincts.

Nous avons tendance à prendre les rôles qui sont disponibles, tout comme l’eau qui remplit d’abord les trous en se déversant. Nous croyons choisir, mais nous ne choisissons rien. C’est un point clé. Nous y reviendrons plus tard…

L’expérience a été reproduite avec un nombre bien plus important de rats (peut-être 100 ou 200). Là encore, nous retrouvons la même répartition des rôles : 1/6e des rats sont des souffre-douleurs, 1/3e des rats des exploiteurs, 1/3e des rats des soumis et 1/6e des rats des autonomes. Bien sûr, dans chacune de ces quatre catégories, il y a des différences plus ou moins marquées. Plus les individus sont nombreux, plus la hiérarchie se complexifie : on trouve des chefs, des sous-chefs, des moyennement exploités, des très exploités, etc.

Imaginons que nous fassions cette expérience avec des humains. Vous vous en doutez, le résultat ne sera pas différent ! D’ailleurs, l’expérience est en cours… Il suffit d’observer le monde ! Si l’on schématise grossièrement, on peut dire que ces quatre catégories se retrouvent plus ou moins : une majorité de soumis-travailleurs et d’exploiteurs-profiteurs, des autonomes et des souffre-douleurs.

Ces quatre catégories ne peuvent être surpassées que par une prise de conscience lucide couplée au détachement. Nous reviendrons aussi sur ce point…

Imaginons maintenant que nous repro­duisions l’expérience non pas avec six humains sélectionnés aléatoirement, mais avec six vous-mêmes, six clones parfaits de vous, six vous, avec le même tempérament, les mêmes qualités, les mêmes tendances. Vous pensez qu’on retrouverait encore exactement la même répartition en quatre catégories ? Vous avez parfaitement raison ! Comment est-ce possible ? Voici un indice pour le comprendre…

Quand vous vous retrouvez en présence d’une personne plus autoritaire que vous, vous avez tendance à la laisser dominer ou à rester en retrait, afin de ne pas entrer en conflit, à parler d’une voix plus effacée, plus conciliante, n’est-ce pas ? À l’inverse, quand vous vous retrouvez en présence d’une personne plus soumise que vous, vous avez tendance à la diriger un peu, ou tout au moins à lui faire des suggestions, à parler d’une voix plus assurée, n’est-ce pas ? De la même façon, un vous face à un autre vous dans un moment où il se sent plus ou moins sûr de lui tendra à agir ou réagir de façon plus ou moins imposante, ou plus ou moins docile.

À présent, nous allons imaginer une expérience beaucoup plus audacieuse. Un pays entier, rempli de vous. Un pays comme la France ; 70 millions d’habitants. 70 000 000 de copies de vous, tel que vous êtes ! Une vaste foule de vous, mais à tous les âges et autant de versions hommes que femmes de vous-même, afin de constituer la population normale d’un pays. Au début, différenciés uniquement par l’âge et le sexe, tout le monde est comme vous : mêmes tendances, même goûts, mêmes aptitudes, mêmes habitudes. Selon l’environnement, les influences, condi­tionnements et situations, l’évolution de certains vous sera distincte de celle des autres, certains vous deviendront plus courageux, ou plus craintifs, ou plus sportifs, ou plus scien­tifiques, ou plus sociaux, certains seront plus intéressés par l’argent ou par l’érudition, et d’autres plus ou moins sensibles à la nature, etc.

Comme nous l’avons vu dans l’expérience avec les rats, le rôle que nous endossons dépend beaucoup de celui des autres.

Expérience personnelle
Dans mon enfance et ma jeunesse, chaque fois que je me suis retrouvé dans un groupe d’individus d’âge équivalent et au nombre appro­ximatif de six, j’étais généralement "celui qui ramasse les miettes", voire "l’autonome". Selon mon état d’esprit du moment et le caractère des autres, j’ai parfois aussi été un "exploitant" ou un "soumis". Le rôle peut changer, surtout en fonction du tempérament des autres.

Et vous, quels rôles ont le plus souvent été les vôtres ? Avez-vous expérimenté chacun des quatre types de rôles ?

Même si vous avez une prédisposition à la timidité, à l’honnêteté, à la tranquillité, tant qu’il y aura des places à prendre, parmi vos millions de vous, selon les oppor­tunités, il y en aura proba­blement quelques-uns qui s’inves­tiront dans le vol ou dans un marché illégal quelconque.

Vous êtes mauvais(e) acteur(trice) ? Parmi les vous qui oseront s’adonner à un peu de théâtre, certains finiront par devenir des acteurs ; il en faut bien pour faire des films. Et quel que soit le talent, c’est un vous qui décrochera la palme d’or, puisqu’il n’y a que des vous !

Parmi les plus entreprenants, le vous qui aura bénéficié des meilleures opportunités deviendra inévita­blement le président de la République, comme il faut bien un chef d’État dans un pays. Si vous êtes parti­culièrement non violent(e), proba­blement qu’il n’y aura pas de criminalité, seulement des délits légers. Si vous êtes de nature paresseuse, certains vous finiront par se secouer et agir, car il faudra bien maintenir en marche les choses essentielles pour le bon fonctionnement du pays.

Parmi ces 70 millions de vous, peut-être qu’il n’y aura pas d’êtres éveillés, mais on trouvera tout au moins des individus sages, vivant humblement, dans le détachement, baignant dans la sérénité et la bienveillance. Prenez le plus accompli d’entre eux. C’est vous-même, ne l’oubliez pas ! Il n’est rien d’autre qu’une potentialité de vous-même. Pour arriver au même résultat, il vous suffit simplement de suivre le chemin de ce vous-là, parmi les 70 millions de chemins que vos vous ont suivi. Choisissez donc le meilleur de vos vous ! Quel autre vous préféreriez-vous être ?

Kassinou le détracteur
T’es bon pour donner des conseils, isi ! Mais toi, pourquoi n’as-tu pas choisi le meilleur de tes toi ? Tu te trouves vertueux et détaché. Mais si tu imagines le meilleur de tes toi sur 70 millions de toi, alors par contraste tu ne te sens pas honteux ? Pourquoi ne suis-tu pas ton propre conseil ?

Ne le suis-je pas ? Veux-tu alors bien m’expliquer ce que ferait de mieux le plus assidu de mes moi, à quelques détails près ? J’admets seulement que ça ne fait pas si longtemps que je suis l’un des meilleurs chemins de mes moi ; mieux vaut tard que jamais. Et toi, au lieu de juger les autres, tu ferais bien de te préoccuper des millions de chemins suivis par tes toi meilleurs que le tien ! Quoi qu’il en soit, il convient de toujours prendre pour modèle à suivre le plus accompli de ses soi.

Le principal obstacle qui vous empêche de devenir le mieux placé de vos vous – c’est-à-dire le mieux évolué spirituellement – est l’ensemble des conditionnements qui vous façonnent et qui constituent une haute barrière qui vous confine dans votre catégorie. La bonne nouvelle, c’est que vous pouvez échapper à cette limite. Le secret, ce n’est pas de grimper et passer par-dessus cette barrière – il y aura toujours des surveillants postés au mirador pour vous tirer dessus –, mais de ne pas la construire ! Si elle est déjà en place, il suffit de ne plus l’entretenir et elle finira par s’effondrer d’elle-même. Reste à savoir comment ne pas bâtir cette barrière des conditionnements.

Pour suivre le paisible chemin d’un renonçant – une voie sans barrières de caste, de rôle ou de catégorie quelle qu’elle soit –, on ne cherche pas à acquérir des diplômes, des expériences, des postes, des parcours du combattant ou à se soumettre à des épreuves particulières. Tous ces points sont précisément la barrière limitante. Au contraire, on ne s’investit dans rien, on ne cherche pas à acquérir quoi que ce soit.

Comment procède-t-on ? On accepte les choses telles qu’elles sont, on se contente de ce qui nous est donné. On ne cherche pas à remplir les places vides. Le cœur de ce processus est le suivant : Vous ne cherchez à prendre aucune place, vous êtes déjà à la bonne place, et le monde tourne autour de vous. C’est la voie du juste milieu. Vous ne saisissez rien, vous lâchez tout ! Cela paraît fou. Et pourtant, c’est aussi simple que cela.

Ce qui peut rendre les choses plus compliquées, c’est seulement votre barrière de condi­tion­ne­ments, celle qui fait tout pour vous dissuader de suivre le chemin du meilleur de vos vous.

Suggestion :

21 juil. 26  [ 1177 mots ]

Trop tard !

Le temps est passé. Très vite. Trop vite. C’est seulement sur votre lit de mort que vous en prenez conscience. Vous le savez : d’ici quelques jours, tout au plus, tout s’éteindra et votre vie prendra fin. Si la mort était une fin définitive, vous n’auriez aucune raison d’éprouver quelle crainte que ce soit. Pourquoi s’en faire, sinon ?

Mais vous êtes inquiêt(e). Votre angoisse dépasse même celle de vos pires cauchemars. À l’instar des nihilistes (ou extinctivistes) les plus endurcis, vous êtes incapable de vous réjouir d’une fin qui serait définitive, donc dépourvue de toute souffrance, pas seulement par attachement à l’existence, mais parce que vous pressentez, en dépit de toute conviction, qu’après la mort, il y a quelque chose qui continue et que ce quelque chose est peut-être loin d’être agréable, surtout si vous avez négligé la qualité de votre comportement et pas toujours bien agi par le passé.

L’attachement à la vie
Le vouloir vivre est le plus subtil des attachements. À tel point que nous préférons vivre dans la douleur que de ne pas exister du tout. À méditer !

Un être totalement libéré de l’ignorance est parfaitement satisfait de parvenir au bout de sa dernière existence et de ne plus exister du tout. À méditer aussi !

Vous réalisez aussi que vous n’avez jamais sérieusement appliqué les nombreux appels à la pleine conscience, à la vertu et au lâcher prise que vous avez lus et entendus un peu partout tout au long de votre existence. Malheureusement, il est trop tard. Vous êtes si âgé(e) qu’il vous reste à peine assez d’énergie pour respirer, mais plus assez pour développer la vigilance dans l’instant et le détachement. Vous baignez dans la confusion et le moindre inconfort vous irrite.

Voyant l’urgence, un peu tard, certes, vous souhaitez ardemment qu’on vous lise des passages de textes sur le détachement et la paix intérieure. Si par chance quelques-uns de vos proches viennent vous rendre visite, ils sont bien trop occupés à scroller sur leur smart­phone pour tenter de déchiffrer ce que vous tentez de leur dire. Et les vaines tentatives de prononcer votre dernière volonté et vos grognements lamentables font croire à l’infir­mière qui s’occupe de vous que vous n’avez plus toute votre tête. Elle est si gentille qu’elle consacre du temps pour vous lire l’intégralité de la collection des Barbapapas, puis celle des Bisounours. Vos oreilles sont à peu près les seuls organes qui fonctionnent encore plutôt bien. Plus vous la suppliez de se taire pour au moins vous laisser le peu de précieux silence qui vous reste, plus elle interprète vos grom­mellements maladroits et baveux pour de l’appréciation, ce qui l’encou­rage à vous lire l’ensemble de ces histoires enfantines pour une seconde fois.

À l’instar du "Ne pas déranger" des hôtels, vous déplorez qu’il n’y ait pas de consigne "Laisser mourir en paix" à accrocher à la poignée de la porte de votre chambre. Plus que tout, vous regrettez amèrement d’être resté(e) aussi insouciant(e) jusqu’au dernier moment. Vous voudriez au moins prévenir vos proches pour qu’ils se méfient de l’insou­ciance comme de la peste. Vous savez qu’il serait hautement bénéfique s’ils pouvaient avoir ne serait-ce qu’une vague idée de la terreur vertigineuse qu’on peut ressentir au seuil de la mort quand on a gaspillé son existence à courir conti­nuellement après les plaisirs – qui sont, à ce moment vous le savez bien, si futiles, si insigni­fiants et si vides. Leur choc serait tel qu’ils investiraient immédiatement leur temps à la seule chose qui en vaille vraiment la peine : le lâcher prise, la pleine conscience et la restreinte des sens.

Peu avant de vous endormir pour ce qui sera peut-être votre dernière nuit, vous vous mettez à songer que si vous pouviez revenir en arrière au moment où vous aviez tel âge, vous prendriez alors un tout autre chemin. Cet âge, c’est celui que vous avez aujourd’hui. Par bonheur, vous n’êtes encore qu’à ce jour ; vous avez encore du temps, vous avez encore l’opportunité d’emprunter le bon chemin, celui qui vous mènera à une mort paisible.

Kassinou le détracteur
Moi, j’ai pas besoin de tes conseils. Pour m’entraîner à mourir le plus détendu du monde, je dors le plus possible, de nuit comme de jour.

Sans vous laisser influencer par le troupeau de moutons qui ne vit que dans l’insouciance et vous incite continuellement à faire comme vous, peu importe ce que pensent les autres, investissez-vous corps et âme dans la détermination, l’acceptation, la restreinte et l’introspection, mais sans faire confiance à votre mental, qui trouve toujours une excuse pour ne pas cultiver les qualités nobles. Moquez-vous du qu’en-dira-t-on ; votre libé­ration intérieure est infiniment plus importante que "ce que les autres pensent de vous". Ne vous laissez surtout pas avoir par l’emprise du troupeau qui n’aime pas ceux qui suivent un autre chemin ! Combien de personnes passent à côté de l’essentiel et gâchent leur existence – et leur Délivrance ! – par seule crainte de "ne pas plaire à leur entourage", qui bien souvent se fiche de votre bien-être intérieur, de surcroît.

Si vous en êtes au générique de fin de votre vie, il est bien sûr trop tard pour cultiver la sagesse.

Le développement de la sagesse
La sagesse nécessite une vigilance pleine sur de longues périodes, couplée à de la réflexion introspective sur des enseignements profonds et sur ses propres expériences.

Si l’opportunité de la sagesse est passée, il y a cependant toujours quelque chose de favo­rable à entreprendre. Vous pouvez dans un tel cas, vous tourner autant que faire se peut vers la bienveillance – à l’égard de tous – et vers la gratitude, pour tout ce que la vie vous a apporté de bénéfique, et c’est toujours le cas, parfois faut-il apprendre à le distinguer. Comme pour le générique d’un film qui présente les remerciements, celui de votre vie présente donc vos plus belles pensées de gratitude et de bienveillance.

Puissiez-vous être capable de suivre le chemin qui conduit à la réussite de la chose qui mérite de l’être plus que tout : la mort ! Hélas, on comprend cela que quand le moment est venu d’abandonner son corps. Si vous avez préparé votre mort tout au long de votre vie, elle sera précédée de jours où, ayant accompli ce qu’il convenait d’accomplir, votre esprit baignera dans la sérénité, le soulagement, la gratitude, la bienveillance, l’absence de remords, de honte et de confusion. Sans besoin qu’on vous lise des ouvrages sur la paix intérieure, vous pourrez fermer les yeux en l’expérimentant directement par vous-même.

Il n’est pas trop tard !

Suggestion :

09 juil. 26  [ 3189 mots ]

Vénérable ou pas, telle est la question !

Le "Très Vénérable"

Imaginez que vous ayez une fille de treize ans, bien élevée, vertueuse et docile. Vous apprenez qu’un personnage réputé pour être "très vénérable" en a fait sa partenaire sexuelle, la violant à de multiples reprises, pour son propre plaisir personnel – pour quoi d’autre, sinon ? On vous annonce, de surcroît, que c’est un honneur pour votre famille. Allez-vous vous prosterner devant le monstre, considérant qu’il s’agit d’un privilège, alors que votre toute jeune fille garde de cet "enseignement spécial" le souvenir d’un sévice traumatisant ?

Précision
Il ne me plaît pas d’écrire de telles choses, mais parfois, il faut bien que certains mettent en garde contre les mauvaises herbes, sinon le jardin se retrouve vite envahit et les plants n’arrivent plus à fructifier.

De tels "grands maîtres" ont existé et existent encore. Et non seulement l’exemple auquel je songe – mort vers la fin du XXe siècle – est mondialement connu, mais par de tels actes, il a brisé la vie de nombreuses adolescentes, juste pour satisfaire le plus grossier des désirs : le désir charnel. Il est inutile de le nommer, car le propos n’est pas de faire un procès, mais d’ouvrir les yeux sur ces dérives qu’on a bien tort de minimiser. Ce violeur de filles était connu pour être "un maître bouddhiste hautement réalisé et très vénérable". Comment cela est-il possible ?

C’est simplement le résultat d’un concours de circonstances dont :

  • une culture profondément aveugle qui normalise ce type de comportement
  • une religion qui excuse et ferme les yeux sur le pire quand il s’agit d’un individu supposé avoir réalisé un "état spirituel élevé"
  • l’absence de remise en question devant le poids d’une réputation fortement établie
  • la crainte de s’opposer à la conviction de tous face à une telle réputation

Ainsi, ce violeur vêtu du noble habit monacal avait atteint les plus hautes maîtrises de sa tradition – des pratiques dont Bouddha n’a même pas parlé (non par secret car il n’a jamais rien caché, mais par inutilité sur la voie de l’Éveil). Ce vieux lama avait aussi développé la capacité d’indiquer sa prochaine incarnation (ce qui démontre également qu’il était en-deça des deux derniers stades d’accomplissement intérieurs puisqu’à partir des deux derniers stades d’Éveil, on ne s’incarne plus). Pour le moins, il n’avait manifestement pas atteint la maîtrise des plus basses pulsions ; la base de la base lorsqu’on souhaite cheminer sur la voie de la purification intérieure.

Quand il y a un problème à la base, il convient de le régler avant même d’envisager de construire quoi que ce soit plus haut. Qui confierait le pilotage d’un Airbus A380 à une personne ayant les deux yeux crevés, même s’il connaît mieux que quiconque le cockpit d’un tel appareil ? C’est pourtant exactement ce qu’on a fait avec cet individu, qui par ailleurs avait une épouse, ce qui est impensable pour qui est censé être moine. Je crains qu’il soit nécessaire de le rappeler : un moine représente l’exemple même du comportement juste, de la bienveillance et du détachement.

Pour la petite histoire, dans son incarnation actuelle, durant son enfance en monastère, il a lui-même subi des abus sexuels à de maintes reprises, retour karmique oblige !

Les moines et le désir charnel

Ce que Bouddha a établi

Contrairement à certaines idées reçues de certaines traditions bouddhistes, Bouddha n’a pas établi le Vinaya – le code de discipline monastique – pour les imbéciles, pour ceux qui n’ont pas assez de sagesse pour comprendre ce qui est convenable de faire ou non. Cet ensemble de règles monacales sont la base d’une vertu irréprochable, rigoureusement observée par Bouddha lui-même et ses disciples les plus éminents, sans aucune exception. Selon ce Vinaya, le simple fait d’effleurer du doigt la peau d’une femme avec une étincelle de désir constitue déjà une faute grave qui engendre une procédure compliquée et la réunion de tous les membres présents du saṃgha (la communauté des moines). C’est l’une des raisons pour lesquelles on ne serre pas la main à un moine.

Pour ce qui est de l’acte sexuel, même consenti, même bref, même buccal et même avec un homme ou un animal, cela entraîne inévitablement la perte du statut de moine à vie. C’est l’une des quatre fautes les plus graves pour un moine, avec le vol, le meurtre et – soyez bien attentifs à cette dernière – la déclaration (même indirecte, même sous-entendue) d’une réalisation spirituelle non expérimentée.

L’habit ne suffit pas à faire le moine

Dans sa vertigineuse ignorance, l’Homme trouve toujours le moyen de percevoir comme "poétique" l’exercice de ses plus bas instincts (ce qu’on présente comme "romantique" n’est que le préliminaire de l’accouplement). Le meilleur exemple est sans doute la célèbre pratique des tantras, considérée comme une pratique spirituelle. Là encore, Bouddha n’a jamais évoqué le moindre entraînement où l’accouplement pourrait s’avérer être une voie vers l’accom­plissement intérieur. Il a au contraire toujours présenté cela comme l’un des principaux obstacles à la libération intérieure.

Aucune tradition n’est épargnée de représentants qui font preuve d’abus de toutes sortes (sexe, argent, pouvoir…), car tout humain, quelle que soit sa provenance et son conditionnement, s’il ne discipline pas son esprit, peut dériver vers les états mentaux les plus malsains, exactement comme un jardin peut se retrouver envahi de ronces et d’orties si on le laisse à l’abandon. Bien sûr – et fort heureusement –, il existe aussi de nombreux maîtres dans toutes traditions, bien que non éveillés, qui sont justes, sincères, et œuvrent remarquablement pour le bien et l’accomplissement intérieur de leur communauté (monastique ou laïque).

Ouvrez les yeux !

Un problème de visibilité

Vous vous demandez comment il est possible de vénérer autant des personnes qui n’ont pas encore été capables de gravir la toute première marche du long escalier vers l’Éveil ? La raison est très simple : parce que la sagesse est une chose parfaitement invisible et ce que les gens prennent pour de la sagesse sont des choses visibles !

Ce qui est confondu avec la sagesse

Voici quelques "qualités" qui sont bien souvent et à tort prises pour de la sagesse :

Charisme On a vite fait de se laisser fasciner par la force de présence qu’impose une personne.

Beaucoup de politiciens sont dans ce cas.
Malignité Les esprits diaboliques sont les plus habiles à se faire passer pour des grands maîtres. Ils se délectent de l’aveuglement des autres.

Non, n’est pas sage qui répond de manière rusée aux questions.
Miracles Quoi de plus impressionnant que les capacités extraordinaires ? Aucun pouvoir psychique n’a le moindre lien avec la sagesse : médiumnité, vision de l’avenir ou des vies passées, télépathie, sortie hors du corps, absorptions extatiques ou même la capacité de voler dans le ciel ou de créer du feu de ses mains.

Beaucoup de sorciers maléfiques ont certains de ces pouvoirs.
Érudition En dehors d’une importante quantité de connaissances intellectuelles, qu’est-ce que l’érudition ?

Beaucoup de moines sont vénérés comme des illuminés uniquement pour leurs hauts diplômes d’études bouddhiques. Pourquoi alors ne pas vénérer les professeurs d’Universités ?
Lignée La lignée n’est que la continuité d’une tradition, d’un enseignement, voire seulement d’un style d’enseignement ou même d’un simple nom.

Souvent, seule l’enseigne demeure, à laquelle sont automatiquement associés l’esprit de la lignée, sa réputation et ses qualités.
Titre Un titre n’est rien d’autre qu’une étiquette. Les sages authentiques reçoivent rarement un titre.

Sélectionnez une personne de manière aléatoire. Si un organisme officiel la proclame comme "Saint", "Sainteté", "Rinpoché", "Ajahn", "Révérend", "Abbée", "Rabbin" ou "Maître", tous les croyants lui témoigneront un profond respect.
Apparence Sans commentaire, n’est-ce pas ? Pourtant, on se fait tout le temps avoir par l’apparence !

Les êtres les plus dangereux et mal intentionnés ont souvent la plus belle, la plus captivante ou la plus sereine des apparences. C’est le cas de tant de gourous malsains ou de prétendus maîtres qui expérimentent une méditation profonde, mais aucune compré­hension de la réalité.
Expérience personnelle
Après onze ans dans le saṃgha, j’ai décidé de défroquer pour prendre mes distances avec cette communauté monastique devenue trop corrompue à mon goût. Les gens s’exclamaient autour de moi :

« Après autant d’ancienneté ? Quel dommage ! »

À quoi je répondais :

« Non, ce n’est pas dommage, je continue à pratiquer soigneusement la vertu, à cultiver le détachement et à développer la vigilance à l’instant présent. Ce qui est dommage, c’est ceux qui portent la robe monastique de nombreuses années, et qui ne font rien de tout cela ! »

Le cinéma autour du personnage

Quand nous parlons d’un homme ou d’une femme connu pour être "hautement réalisé" ou un "grand maître", qu’est-ce qui nous fait dire qu’il en est ainsi, sinon les médias, les livres, ce que les autres affirment ou répètent ? Même si nous le ou la rencontrons en personne, nous sommes emportés par tout le cinéma construit autour du personnage, voire par le rôle qu’il joue – consciemment ou non –, alors nous faisons comme les autres moutons ; nous avalons "le récit" sans rien remettre en question. Tout ce qui brille n’est pas or, faut-il le rappeler ?

Métaphore
Un maître indigne, c’est comme une carosserie de Rolls Royce sur un vieux tacot au moteur rouillé : ceux qui le voient sont impressionnés, mais quand on "ouvre le capot" et qu’on "observe le moteur de près", on s’aperçoit de la supercherie.

Qu’est-ce que j’appelle "le cinéma construit autour du personnage" ? Imaginez votre premier jour dans une entreprise internationnale en tant que simple employé de bureau. Vous subissez un bizutage : on a prêté costard-cravate au portier et tous vos collègues – complices de votre bizutage – se comportent exactement comme si le portier déguisé était le PDG en personne (courbettes, respect dans la voix, crainte, yeux baissés, obéissance totale…). Pour vous il n’y a aucun doute, ce type EST le PDG de l’entreprise. S’il vous demande de lui cirer ses chaussures devant tout le monde, quand bien même cela ne fait pas partie de votre contrat, il y a fort à parier pour que vous vous exécutiez : vous ne voudriez pas faire d’histoires dès votre premier jour et vous tenez à cet emploi.

Vous aurez compris l’idée : À l’instar de ce faux PDG, nombre de "grands maîtres" sont des faux maîtres qui "bizutent" leurs disciples à vie.

Et veillez à faire attention lorsque vous pénétrez dans l’immeuble de votre bureau ; le portier est peut-être le PDG de l’entreprise déguisé en portier afin d’observer de près le comportement de ses nouveaux employés !

L’habit fait le moine, le récit fait le maître

Métaphore
Qui résisterait à la tentation d’effectuer une traversée sur un paquebot resplendissant, éclatant de blanche propreté, pourvu d’un restaurant luxueux, d’une piscine et de vastes espaces de promenades, le tout pour un très bon prix ? Le problème, c’est que ce qu’on ne voit pas du bateau : sa coque est en plastique gonflable. À peine en mer, pschiiit !, le bateau se retrouve tout au fond.

« Mince, si j’avais su ! Le petit bateau d’à côté n’avait ni restaurant ni piscine et sa peinture n’était pas refaite à neuf, mais sa coque en bois était robuste, il aurait pu traverser la mer sans encombre et j’aurais atteint mon but. »

Le récit

Ce que nous apercevons quand nous rencontrons une personne d’une telle réputation n’est pas un être "hautement réalisé" ou un "grand maître", mais seulement une croyance créée par le mental, une image, un récit, ce que les autres en disent, et moins les gens en savent, plus ils parlent !

Mais parfois, par chance, le récit peut correspondre à la réalité !

Bon à savoir
Les rares personnes qui ont réellement rencontré un être Éveillé font toutes le même constat :

On ne se sent pas du tout écrasé par une "prestance imposante", mais au contraire, on est on ne peut mieux à son aise, on est considéré tel qu’on est, sans la moindre trace d’évaluation. L’absence totale d’orgueil de ces êtres met ceux qui les côtoient dans une grande sérénité.

Les mauvaises excuses

Je suis triste de constater qu’au lieu de réagir fermement contre les comportements déplacés des maîtres spirituels, on tend à l’inverse de leur trouver des excuses. Les pires d’entre elles sont les suivantes :

  • Lui peut se le permettre, il agit avec détachement.
  • Ne juge pas, tu ne peux pas comprendre !
  • Il le fait par pure compassion, c’est pour réduire leur karma.
  • Il a une pleine sagesse ; il n’a plus besoin de respecter les règles.

J’espère que vous vous en doutez : aucune de ces excuses n’est valable, elles sont en net désaccord avec l’enseignement de Bouddha.

Ringardisation des valeurs saines

À notre époque où l’on cherche tant à se démarquer (tout en restant dans le troupeau !), la mode de jouer au plus malin va bon train. Sous prétexte de transcendance, on s’autorise les comportements les plus grotesques, et on invente toutes les excuses possibles pour ne pas soigner sa vertu : « Les règles sont faites pour être brisées », « Ce n’est pas à nous de suivre les préceptes, mais aux préceptes de nous suivre »… On n’hésite pas à faire passer pour ringardes les pratiques de chasteté et d’abstention de tout ce qui nuit au corps et à l’esprit. Cependant, quelles que puissent être nos croyances, ces pratiques sont la base indispensable d’un esprit noble et vénérable. Un exemple à suivre, donc.

On peut déplorer cette coutume actuelle qui, sous prétexte de tolérance, consiste à accepter pleinement les comportements déplacés et le laisser-aller (il suffit d’observer l’insolence et l’analphabétisation croissante des enfants, mais c’est là un autre débat), mais je soupçonne plutôt un moyen de minimiser – par contraste – ses propres fautes et manquements. À l’opposé, afin de garantir une communauté toujours propre et harmonieuse, Bouddha a exhorté les moines à s’inciter les uns les autres à se corriger et s’améliorer en cas de manquement. Avoir une pratique peu vertueuse ou ne serait-ce se laisser aller à la paresse était mal perçu. Aujourd’hui, c’est le fait de faire une remarque sur le comportement nuisible d’un moine qui est mal vu, cela peut même conduire en prison, comme j’en ai moi-même fait l’expérience.

Bref, rien ne vous empêche de faire briller les souliers du portier (après tout, il vous ouvre bien la porte tous les matins), mais je vous en prie, ne laissez jamais votre fille (sœur, nièce, élève…) seule avec un maître, un religieux, un renonçant, qui qu’il soit. En tout cas, il n’existe aucune raison pour que cela soit nécessaire. Et même s’il est vertueux, cela peut engendrer inutilement de la médisance, voire des conflits. D’ailleurs, d’après le Vinaya, le fait pour un moine de se retrouver un seul instant isolé avec une femme – même encore bébé ! – constitue déjà une faute "assez grave".

J’ai présenté en début d’article un exemple extrême, mais il existe tant de situations où nous pouvons nous faire rouler dans la farine en accordant une confiance aveugle envers des individus prétendus intérieurement avancés, là où il est encore plus facile d’être dupés.

Comment éviter le piège ?

Un conditionnement difficile à esquiver

Concrètement, comment ne pas tomber dans ce piège qui consiste à prendre pour des maîtres ceux qui n’en ont que la réputation ?

Malheureusement, la culture, les croyances et l’autorité (parents, professeurs, habitudes locales…) ont beaucoup plus de poids que la parole des plus sages, voire que le bon sens ! Pour cette raison, il est difficile de ne pas se faire abuser par les étiquettes, par notre perception de tout ce qui a trait à la spiritualité, dont la valeur prétendue des religieux. Néanmoins, avec une certaine dose de discernement, de vigilance et surtout de vision nue des choses, on parvient à y voir clair sur ces points.

Il ne faut pas confondre étiquette et éthique.

La vision nue

La "vision nue" consiste à voir les choses telles qu’elles sont, dépourvues de toute "description". En ayant affaire à une personne, voyez-la telle qu’elle se présente, en oubliant volontairement toutes les annotation la concernant, comme son rôle, son occupation, mais aussi tout ce qui peut la décrire : ses titres, ses diplômes, ses distinctions, sa réputation, sa religion, sa lignée, ses appartenances, etc. Même si elle est très connue, faites comme si vous la découvriez à l’instant.

Dénudez-la totalement de toutes ses étiquettes possibles. Une fois votre bol mental vide de toute idée moisie, mettez-y des informations fraîches et consistantes. Voyez comment cette personne se comporte, ce qu’elle a à partager, comment elle le fait, ce qu’elle cherche à obtenir, ce qu’elle ne cherche pas à obtenir…

Cherchez à la source !

Concernant les enseignements spirituels et tout particulièrement celui de Bouddha, fiez-vous à la source ! Nous avons la chance inouïe d’accéder encore aux enseignements d’origine, il serait fou de négliger une telle opportunité. Il existe une telle variété de versions de cet enseignement, dont la majorité est si transformée, si dérivée – pour ne pas dire farfelue – qu’elle enseigne l’opposé même de ce que Bouddha a exposé.

D’ailleurs, ce que vous lisez ici n’est que "la version d’isi" du Dhamma. C’est mon point de vue d’après ma propre expérience, ma propre compréhension. Cela peut aider à élargir la vision de chacun grâce à un angle concret et contemporain, mais pour une étude précise du Dhamma, rien ne vaut la parole de Bouddha, dont les principaux discours, les suttas, et la discipline monastique, le vinaya, sont accessibles sur mon site dhammadana.org.

Le proverbe le dit bien : Il vaut mieux avoir affaire à Dieu qu’à ses Saints. Cela est d’autant plus valable que les "Saints" de notre propos sont bien loin d’être des saints, pour ne pas dire des "malsaints".

Conclusion

Aujourd’hui, pour trouver un grand maître digne de ce nom, il faut se lever très tôt. Et pour autant qu’il en reste, dans notre monde profondément malade, ils demeurent très discrets, dans les lieux et les apparences les plus insoupçonnées.

Ce peut être votre vieille voisine qui passe son temps à l’ombre de son cerisier, le jeune infirmier qui se préoccupe bien plus de ses patients que de son salaire ou de ses horaires, ou peut-être même l’homme qui vous tient la porte le matin quand vous arrivez sur votre lieu de travail.

Suggestion :

1er juil. 26  [ 2903 mots ]

La voie du milieu

Les plaisirs sensoriels

Les humains sont si attachés aux plaisirs sensoriels qu’en dehors d’une infime poignée d’entre eux, ils ne veulent pas même entendre parler du passage qui mène derrière les coulisses de ces soi-disant plaisirs.

Kassinou le détracteur
Ils ont bien raison ! Quel est le mal à se faire du bien ? Les belles choses du monde sont là pour qu’on profite, non ? Pourquoi s’en priver ?

Si tu te plais dans la prison (samsarique), grand bien te fasse ! Quand j’étais dans la prison (carcérale), j’obtenais parfois des fruits délicieux, de la bonne lecture et pouvais faire du sport avec des détenus très amicaux. Pourtant, j’étais soulagé quand on m’a annoncé ma libération. Et encore, l’image est faible ; la différence est vertigineusement plus vaste entre la prison des sens et la libération des sens, par rapport à celle entre l’incarcération et la liberté judiciaire. D’ailleurs, de nombreuses personnes "libres" souffrent bien plus que des personnes incarcérées.

Le souci, c’est que quoi que je te dise, aussi longtemps que ton mental se complaira dans les plaisirs sensoriels, tu n’auras pas la volonté de chercher la sortie de la prison.

Au cas où tu serais presque prêt à entendre l’enseignement du Bienheureux, sache que le plaisir n’existe pas tel que le mental le conçoit ; ce n’est qu’un mirage, une sorte d’hallucination, une excitation mentale tout au plus, dont la carotte n’est qu’une traînée de brefs instants de dopamine. Le monde des sens est à la fois attrayant et vide, comme un beau ballon de baudruche, c’est juste le décor de cinéma le plus malin qui soit. Si tu avais l’habitude de contempler ton esprit de près, mon cher Kassinou, tu verrais combien ni ton corps ni ton mental ne sera jamais en mesure de te fournir une perception ou une sensation qui en vaille vraiment la peine. Bouddha était on ne peut plus clair à ce sujet :

Bouddha a dit :
« Le corps n’est qu’un nid de malheurs. »

Le problème avec le plaisir et le confort, c’est qu’on s’y habitue immédiatement, alors qu’il est très difficile ensuite de s’en passer. Par conséquent, quand on perd un plaisir ou un confort (ce qui est inévitable à un moment donné), on souffre. Voilà pourquoi mieux vaut ne pas prendre de mauvaises habitudes.

Alors qu’est-ce qui, selon toi, pourrait-il être préférable aux plus beaux plaisirs de notre monde ?

Même le plus intense des plaisirs n’est qu’une excitation passagère, c’est le cri de satisfaction de qui entre dans un bain frais après une longue journée brûlante. Et l’attachement qui s’accroche au plaisir n’est qu’un tic nerveux. Une grave méprise est de prendre le plaisir pour du bonheur. Le plaisir résulte d’une excitation qui se colle sur son objet désiré. Le bonheur, au contraire, résulte d’un apaisement qui se décolle de tout objet.

La métaphore de la démangeaison

Métaphore
Le désir est très comparable avec une démangeaison, et le plaisir avec le fait de se gratter. Quand on se gratte, sur le coup on se sent soulagé, mais cela contribue à exacerber la démangeaison. La démangeaison est une souffrance, mais on est tellement accroché à la sensation fugace de soulagement du grattement qu’on le voit comme une chose désirable et qu’on reste aveugle sur le reste du processus. Pourtant, il est nettement préférable de ne pas avoir de démangeaison, n’est-ce pas ?

C’est exactement la même chose avec le désir et le plaisir. Celui qui est détaché de tout n’éprouve plus le besoin de se gratter car il n’a plus aucune démangeaison. Autrement dit, il n’éprouve plus le besoin de plaisirs car il n’a plus aucun désir. Libéré de toute démangeaison, il goûte au véritable bonheur. Il n’a plus besoin de "soulagement".
En imaginant que le bonheur engendré par l’arrêt des plaisirs soit supérieur à la joie procurée par les plaisirs, c’est quoi ta recette magique pour y arriver ?

Ce que je recommande, c’est d’abandonner la cause de "la démangeaison" ! À savoir : les vues erronées, la vision incorrecte de la réalité, la croyance illusoire que le plaisir offre un bonheur sain et durable et qu’il vaille tous les efforts qu’on y consacre. Pour y parvenir, il n’y a qu’un moyen : la pratique combinée de la restreinte et de l’introspection.

La restreinte et l’introspection

La restreinte

La restreinte, c’est d’une part s’abstenir de tout ce qui est nuisible pour les autres comme pour soi-même, et d’autre part, renoncer à tout ce qui consomme des ressources (énergie, efforts, temps, ressources naturelles, etc.) et qui n’apporte rien d’utile à son développement spirituel, à sa santé, à son moyen de subsistance ou à des connaissances utiles. En résumé, on s’abstient de toutes les activités futiles ou malsaines.

Il ne s’agit pas de tout lâcher du jour au lendemain, mais d’assimiler progressivement chaque renoncement, exactement comme la barre du saut en hauteur mise plus haute petit à petit. Si on mettait la barre de 1 mètre à 3 mètres d’un seul coup, ce serait dangereux.

L’introspection

L’introspection, c’est la contemplation de son esprit. Il s’agit d’être vigilant (tout d’abord par moments) dans l’instant, de manière soigneuse et détaillée, de sorte à comprendre chaque processus mental, à connaître de manière directe comment apparaissent et disparaissent les sensations et les réactions, à devenir peu à peu capable d’un discernement profond sur la formation des perceptions.

La conséquence sera de constater par sa propre expérience les nombreux pièges psycho-mentaux dont nous sommes quasi constamment les esclaves, dont les racines sont le désir, le rejet et l’aveuglement (respectivement lobha, dosa et moha en pali).

Et pourquoi tu nous ponds tout un sermon sur la démangeaison, la restreinte et l’introspection, alors que le titre, c’est "La voie du milieu" ?

Eh bien justement — j’y viens, ne t’en fais pas ! —, ce sont la restreinte et l’introspection qui nous placent dans ce que Bouddha appelle "la voie du milieu" et la course après les démangeaisons qui nous en éloigne.

La voie vers la voie du milieu

N’importe quoi ! La voie du milieu, c’est ce que je fais tous les jours ! Et je n’ai pas besoin de pénitence ni de claire vision. Je goûte un peu à tout sans jamais abuser. Ni trop de confort, ni trop peu, pareil pour mes repas, mes distractions, mes passions, mes coucheries… Je suis bien au milieu !

Donc d’après toi, celui qui vit dans le juste milieu, c’est un beauf parfait, qui fait un peu de tout, qui boit un peu, qui pêche un peu, qui trompe un peu… La voie du milieu n’est pas une moyenne statistique de ce que fait la majorité des humains. Dans le cadre du Noble Chemin qui conduit à la Paix ultime, le juste milieu consiste à éviter soigneusement tout extrême, grâce à l’abandon de tout ce qui n’est pas indispensable et à l’aide d’un discernement sagace.

C’est toi qui parle d’éviter les extrêmes ? Elle est bien bonne, celle-là ! Avec ta pratique de vie de renonçant, je ne connais pas plus radical et extrême que toi !

Nombreux sont ceux qui voient les ascètes comme des individus "extrêmes" (je ne parle pas de ceux qui adoptent des pratiques qui sont extrêmes, pour le coup, mais des ascètes raisonnables, comme les moines de la communauté de Bouddha ou ceux qui suivent un mode de vie similaire).

La majorité des gens vivent dans un tel brouillard de désirs et d’incohérences que quiconque mène une existence de détachement et de vertu leur semble excessif. C’est le référentiel de ceux qui vivent sans restreinte et sans discernement qui est déréglé. Un ascète sage n’est pas extrême, bien au contraire ! Voici en clair quels sont les deux extrêmes et la Voie du juste milieu préconisée par Bouddha…

La Voie du juste milieu et les deux extrêmes

L’extrême du confort (tendre vers "+100")

C’est donner trop à son corps et mental. C’est de loin l’extrême le plus suivi. On cherche à jouir de plaisirs, à obtenir des possessions, à user de pouvoir.

L’extrême de cet extrême, par exemple, c’est le milliardaire malfaisant qui, au mépris de la misère qu’il engendre, se voue exclusivement à son plaisir en s’investissant corps et âme dans les plaisirs sensoriels et le divertissement.

Qui tend vers cet extrême ? La très grosse majorité des humains, y compris la plupart des "moines" ! Les grands maîtres de cet extrême sont les esprits capitalistes qui accumulent et rendent inaccessible à ceux qui en ont besoin le bien de tous, en quantité bien plus grande qu’ils ne pourront jamais l’utiliser eux-mêmes durant toute la durée de leur existence.

L’extrême de la privation (tendre vers "-100")

C’est priver trop son corps et mental. Cet extrême est plus suivi qu’on ne le soupçonne. On cherche à se passer de tout, à se sous-alimenter, à se négliger, à lutter contre le sommeil, à ne rien coûter du tout.

L’extrême de cet extrême, par exemple, c’est le religieux exagérémment pieux, qui croit que plus il renonce radicalement à tout et plus il gagnera une récompense céleste dans l’au-delà.

Qui tend vers cet extrême ? Tous les ascètes aux vues erronées qui pratiquent des privations sévères, ceux qui se font crucifier dans l’espoir que cela les rapproche du dieu qu’ils ont été conditionnés à vénérer, mais aussi toutes sortes d’individus non nécessairement croyants, qui s’autopunissent pour toutes sortes de raisons, qui pensent qu’ils ne méritent rien, qui croient que l’humilité consiste à s’infliger le manque ou qui, entre autres, s’oublient dans l’équation de la générosité, croyant que cet état d’esprit consiste à se priver pour tout laisser aux autres.

La Voie du juste milieu (s’approcher de "0")

C’est donner juste ce qu’il faut à son corps et mental. C’est la voie du bon équilibre. Le seul extrême de cette voie, c’est le nombre infime de ses "followers".

Il n’y a par définition pas d’extrême dans le juste milieu. Le bon exemple, c’est bien entendu le moine — le renonçant authentique, pas le guignol qui porte une robe monacale — qui ne prend que ce dont son corps a besoin pour être en santé, se contentant de peu de choses, sans jamais perdre un moment dans les futilités.

L’observation des 10 préceptes (même sans celui qui consiste à renoncer à l’argent) nous place déjà bien dans la voie du milieu. Après cette base essentielle, c’est la vigilance consciente dans l’instant présent qui peut faire encore une grande différence. Pourquoi ? Parce que seules, les pensées peuvent suffire à nous plonger dans les attachements, l’angoisse et l’aveuglement.

L’expérience de la Voie du juste milieu

Si je peux parler de la voie du juste milieu bien plus précisément et efficacement que si j’avais lu les écrits de nombreux grands maîtres à ce sujet, c’est parce que je l’expérimente moi-même depuis une bonne trentaine d’années (sauf quand je faisais des films ou regardais un peu trop les filles !), et, outre des bénéfices à peine descriptibles, avec une simple observation, je constate que cet équilibre s’affine peu à peu de lui-même, comme l’apprentissage d’une langue qui s’affine seulement à l’aide d’un peu d’écoute…

Lorsqu’on tend, ne serait-ce qu’un peu, vers l’un des deux extrêmes, on finit inévitablement par connaître des périodes de souffrance. Par contre, en s’établissant dans la voie du milieu, la souffrance inérente à l’existence se réduit considérablement. Aux yeux de la majorité, on est perçu comme un pratiquant de l’extrême de la privation, tandis qu’on bénéficie d’un confort mental assez constant, tel qu’en rêveraient les pratiquants de l’extrême du confort total.

En vivant le juste milieu, on rejette tout extrême, on prend seulement ce qui est sain et utile, on abandonne tout ce qui est malsain et inutile. On mange quand le corps en a besoin et non par plaisir, on dort et on se vêt dans le même dessein, on délaisse tout ce qui n’est pas nécessaire, dont les distractions, les relations sociales et les discussions non bénéfiques au développement spirituel.

Expérience personnelle
Durant mes 14 mois d’incarcération dans une prison birmane, en dépit d’une alimentation peu équilibrée et d’un dortoir qui n’a rien d’un 3 étoiles, j’ai vécu plutôt bien et dans le calme, dans l’ensemble, à l’inverse de la plupart des autres détenus. Cela, je le dois précisément à mon habitude à demeurer proche du juste milieu. Confiant dans le Dhamma, je me contentais de peu. J’avais même souvent l’impression d’être dans un monastère sérieux : pas de femmes, pas de connexion internet, interdit d’aller se ballader à l’extérieur…

Quand je suis bien établi dans la Voie du milieu, ce que je remarque de plus caractéristique, c’est qu’on ne tourne plus autour de quoi que ce soit ; ce sont les éléments qui tournent autour de soi !

La Voie du juste milieu est un équilibre souple et raisonnable…

  • entre renoncement et nécessité,
  • entre effort et relâchement,
  • entre discipline et tolérance.

Elle nécessite la compréhension juste, celle qu’apporte la sagesse. Bien sûr, la Voie du juste milieu implique la vertu, c’est-à-dire le respect des préceptes où l’on s’abstient de toute intention, parole et acte nuisible. Dans un tel mode de vie, tout est fait pour accueillir naturellement la méditation, c’est-à-dire la vigilance pleine et paisible sur ce qui est perçu dans l’instant, et la stabilité du mental (souvent traduit maladroitement par "concentration").

Métaphore
Cette Voie est comme l’écureuil qui se tient sur la branche, sans se laisser tomber en avant vers les bonnes graines placées par les chasseurs, ni en arrière dans le feu, et il n’est pas rigide, sinon le vent le pousserait d’un côté ou de l’autre ; il s’adapte au vent de sorte à demeurer bien en équilibre.

Remarque importante : Certains suivent tantôt l’extrême du confort, tantôt l’extrême de la privation. Même si en moyenne, ils tendent vers le "0", ils ne sont pas du tout près du juste milieu, qui lui implique une approche constante du "0". Ce serait comme de prendre tantôt un bain bouillant, tantôt un bain glacé ; le résultat ne serait pas le même que de baigner constamment dans de l’eau à bonne température.

La voie du milieu, c’est tout ! Ça n’est rien de moins que la plus grande découverte faite par le plus sage des humains avant son Éveil. Bouddha baignait dans l’extrême du confort, avant de pratiquer plus que quiconque l’extrême de la mortification. Une fois qu’il a découvert la voie du milieu, il est parvenu à l’Éveil à l’aube suivante.

Et là, j’aurais apprécié que tu me demandes : « Et comment procède-t-on pour s’approcher du juste milieu ? ».

Dans tes rêves ! Mon "milieu" me convient très bien !

Bon, faisons comme si tu avais posé cette question, alors en voici la réponse : Pour s’approcher du juste milieu, on élimine tout ce qui nous en empêche. Il ne s’agit pas d’un état spécial, mais de l’état naturel de l’esprit équilibré, sain et "nettoyé".

C’est le poids de nos désirs, rejets et aveuglements qui empêche notre esprit de rester paisiblement dans le juste milieu.

Le "produit de nettoyage" le plus efficace, on en a déjà parlé plus haut dans cet article : c’est la pratique combinée de la restreinte et de l’introspection. Il n’y a aucun doute là-dessus ; tant que vous vous entraînerez à abandonner des activités futiles ou liées aux plaisirs (distraction pure, jeux qui n’exigent pas de réflexion, repas du soir, sexe, musique…) en ne conservant que celles qui sont utiles (repas le matin, sommeil régulier et sans excès, sports simples, lecture fructueuse, discussions constructives…), vous vous rapprocherez de la Voie recommandée par Bouddha ; celle du juste milieu.

"Abandonner ce qui est lié aux plaisirs" ? T’as vu tes yeux pétillants de désir quand tu savoures les délicieux fromages qu’on t’a offerts la semaine passée ? C’est comme ça que tu "abandonnes ce qui est lié aux plaisirs" ?

D’habitude tu roupilles toujours avant la fin de mes sermons, toi ! Et n’amplifie pas tes perceptions ! De toute façon, je n’ai jamais dit que j’étais sur le "0,000" du juste milieu, ou bien ?

Les principaux avantages de la Voie du milieu

  • On obtient tout ce dont on a besoin sans effort.
  • On est très protégé, on n’a pas de souci à avoir.
  • On bénéficie des meilleures conditions pour la méditation.
  • On jouit d’une vie où tout glisse paisiblement
  • On est respecté et apprécié.
  • On est intouchable, car on est dans le juste.
  • On avance à grands pas vers nibbāna, la libération complète de l’esprit.

Suggestion :

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