L’amour des humains pour les robots
Les humains semblent adorer les robots, la robotisation et l’artificialisation à tout va : les voix au timbre parfait, presque envoûtant, au ton monocorde, les images surnaturelles sans aspérité aucune, les petites machines qui remplacent les animaux de compagnie ; il est inutile de les nourrir et elles ne font pas de crottes, au contraire, elles nettoient le sol, tondent le gazon, rangent la vaisselle…
« Le XXIe siècle sera spirituel ou ne sera pas. » Tout porte à penser qu’il ne sera pas ! Les espoirs d’un siècle ouvert à une spiritualité authentique me semblent bien minces. Voyez, par exemple, ces dévots bouddhistes qui se prosternent avec vénération devant un robot-moine ! Pour le moins, ce "cyber maître" n’a pas d’ego, ni désir, ni colère. Et lorsque, en soi, on voit un "moi" là où il n’y en a pas, pourquoi ne pas en voir un dans une machine, après tout ? Mais tout de même, de là à ordonner moine un robot et de le considérer comme tel…
Le robot-moine et les moines-robots
Cependant, celui-là est peut-être bien à sa place : un robot-moine entouré de "moines-robots" qui ne savent que réciter des textes à la perfection – comme des machines ! – sans compréhension de ce qu’ils psalmodient. Un robot programmé à "faire le moine" ne peut que remporter un franc succès, à une époque où l’on considère "bon bouddhiste" qui est capable de bien se prosterner, de réciter comme un perroquet les "textes sacrés", et de rester assis des heures durant sans bouger d’un cil !
Un acte de dévotion dirigé vers un morceau de bois mort (sculpté en forme de Bouddha assis) reste compréhensible ; il s’agit de rendre hommage au parfaitement accompli représenté par une statue. Mais quand un humain se prosterne devant une machine, n’y a-t-il quand même pas du souci à se faire ? Voilà encore un comportement qui contribue à donner raison aux extra-terrestres qui pensent que la Terre est l’"asile psychiatrique de l’univers" !
Les robots, bientôt plus humains que les humains ?
Nous pouvons envisager que si les machines dépassent les humains, ça n’est pas tant qu’elles soient capables de faire des choses impossibles pour nous, mais plutôt qu’on leur délègue ce que nous ne voulons plus faire, par pure paresse et pour bénéficier de plus de temps à consacrer aux plaisirs. En clair, au lieu de créer des robots uniquement pour les tâches pratiques qui sont hors de portée des humains, nous faisons en sorte qu’ils deviennent des humains à notre place.
Les hommes vont bientôt préférer les robots-femmes, car elles n’ont jamais la migraine, il n’est pas indispensable de saigner son compte bancaire pour leur prouver son amour, et d’ailleurs, il n’est même pas nécessaire de les aimer ! Bien sûr, les femmes, quant à elles, jetteront leur dévolu sur les robots-hommes. Dans le même ordre d’idée, on peut imaginer finalement normal que les bouddhistes se mettent à préférer des robots-moines, qui leur donneront ce que les moines humains ne veulent plus faire : adopter une conduite irréprochable, être sans aucune avidité pour l’argent, se détourner de toutes futilités, donner des enseignements percutants.
Ce qui est 100 % certain, en revanche, c’est que, bien que pouvant fournir les meilleures instructions de méditation au monde, un robot ne sera jamais doté d’une conscience – car non issu d’un processus biologique –, et n’aura par conséquent jamais la compréhension de quoi que ce soit, encore moins de sagesse et de capacité à la méditation.
Que les robots peuvent être extrêmement pratiques, mais qu’ils doivent rester ce qu’ils sont : des outils. Que chercher à tout humaniser est très humain – même les enfants font parler des bouts de chiffon –, mais que ce n’est pas en s’entourant de machines, en sacralisant des robots ou en les considérant comme des maîtres que nous progresserons sur la voie de la libération spirituelle.
Je t’entends ricaner, Kassinou. Relis cet article dans 25 ans à peine (vers 2050)…
Conclusion
Les robots ne tarderont pas à imiter de façon troublante des paroles et comportements qui relèvent de la sagesse. Pourtant, aussi sûrement que dans le ventre d’une robote n’apparaîtra jamais un robot bébé, la sagesse artificielle ne sera pas.




