En Birmanie, où la culture voue un grand respect au renoncement, c'est presque de la triche de vivre en tant que moine ou ascète. En Occident, c'est une épreuve. Je ne m'en plains pas, c'est une expérience constructive. La confrontation et le manque permettent le développement des qualités intérieures, comme la patience ou le contentement.
Pour ça, assure-toi d'avoir un niveau de détachement supérieur à celui que tu souhaites mettre à l'épreuve de cette manière-là. Autrement, même avec la meilleure des intentions, cela peut karmiquement te coûter cher.
Face aux difficultés encourues, essayons d'accepter les choses telles qu'elles se présentent, de n'avoir aucune exigence et de se satisfaire de peu. Quoi qu'il en soit, lorsqu'on vit dans l'ici et maintenant, avec un esprit vertueux et bienveillant, les choses finissent par devenir propices.
En tout cas, il n'est pas aisé d'être renonçant en Occident. Ça n'est pas de renoncer à la nourriture après midi, au romantisme, aux relations sociales ou aux distractions de toutes sortes qui est scabreux – au contraire, ces choses n'ont plus aucun sens quand on a su y a mettre profondément un terme –, c'est la désapprobation constante des autres, due à une perception erronée, façonnée par un conditionnement exclusivement matérialiste, où ceux qui brassent de l'argent sont vénérés.
Dans cette société, on ne dira jamais de mal d'une personne qui passe sa journée à enchaîner les pauses-café, les bavardages futiles, les siestes, les pauses cigarettes et les médisances, tant qu'un salaire lui est versé à la fin du mois. Au contraire, vous pouvez être aussi sain que saint, vous absorber dans les plus nobles états de conscience ou consacrer du temps à aider efficacement les autres, mais si par malheur vous ne touchez pas d'argent, vous serez considéré(e) comme une brebis galeuse, un parasite de la société !
- Tu ne vois pas qu'on va tous dans ce sens ?
- Est-ce une raison pour ne pas aller dans l'autre ?
- Viens avec nous, par là-bas se trouve le grand océan, on dit qu'il est sucré !
- Moi, je crois plutôt qu'il est salé ! Je préfère me diriger vers la source pure.
- Tu es fou, ça n'existe pas, nous avons été créés dans cette rivière. Contente-toi de suivre le flot et tu connaîtras les délices du grand océan sirupeux !
- Mon pauvre ! Ne vois-tu donc pas que cette rivière est polluée ? Et ne sais-tu pas qu'il te faudra attendre très longtemps dans l'océan salé avant d'avoir une chance de revenir pleuvoir sur les hautes montagnes ?
Le Bouddha disait bien que ceux qui suivent son enseignement – celui qui mène à la libération de l'esprit – vont à contre-courant de tous.
Que faut-il faire ? Faut-il s'adapter à une société déviante, vouée à la surconsommation, aux plaisirs vains, à l'alimentation toxique, à la compétition, aux conflits armés ? Ou plutôt observer un mode de vie équilibré, honnête, raisonnable et naturel, en espérant que notre exemple finira par avoir une influence bénéfique sur les autres ?
Faut-il être normal ? En réalité, normal signifie : conforme à ce qui est le plus courant, à ce qui est habituel, être dans la norme. Mais dans l'usage courant, normal signifie plutôt : sain d'esprit, faire preuve d'un comportement adéquat. Et qu'est-ce qu'être sain d'esprit ? Qu'est-ce qu'avoir un comportement adéquat ? Est-ce suivre le troupeau, hurler devant un match télévisé, cautionner l'abattage intensif des animaux en allant manger dans les fast-foods et s'intoxiquer au vin ou au tabac ? Ou est-ce décider de son propre chemin, en vivant modestement, s'abstenant de ce qui est nuisible ?
Peu importe le regard d'autrui, aussi lourd soit-il, peu importe la médisance ! Faites ce que vous savez être juste ! Osez vous affranchir de l'influence du troupeau ! Mettez votre confiance dans la qualité de vos actes (physiques et mentaux), pas dans le jugement aveugle des autres. À votre mort, ils ne seront plus là. Vous n'emporterez que le fruit de vos accomplissements intérieurs.
Quand on baigne dans l'entraînement spirituel, on peut s'attendre à des réactions inattendues. Par exemple, le simple fait de refuser un verre peut être très mal vu. Beaucoup d'individus, lorsqu'ils ne savent pas ou ne comprennent pas, ils critiquent, ils rejettent, ils ont peur. Ils n'aiment pas la différence. Jésus a été crucifié, Jeanne d'Arc brûlée, Pythagore massacré. La liste est très longue.
Georges Brassens le chantait si bien : Non, les braves gens n'aiment pas que l'on suive une autre route qu'eux.
